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partenariats

« Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ! » Telle pourrait être la devise du Centre Social Alma qui a misé sur le partenariat avec d’autres Centre Sociaux de Roubaix. L’objectif : démultiplier ses ressources et parvenir à répondre efficacement aux besoins des habitants du quartier. Une logique riche de projets qui a permis au Centre Social de se doter, entre autres, d’un poste RH, s’inscrire dans des actions de lutte contre la fracture numérique et développer la réflexion autour du vieillissement et de la perte d’autonomie. Pour mieux comprendre la logique de travail collaboratif portée par le Centre Social Alma, nous avons choisi de donner la parole à ses partenaires. Ils nous expliquent leurs projets communs et ce que leur apporte cette coopération.

Le partenariat : Une réponse aux contraintes du secteur social

647 536 € : c’est le budget annuel moyen d’un Centre Social en France en 2020. Avec plus de 5 785 000 personnes accompagnées, les Centres Sociaux sont plus que jamais des acteurs incontournables dans le maintien du lien social et l’accès aux droits pour les personnes en situation de précarité. Les besoins en ressources financières et humaines sont donc croissants, surtout depuis la crise sanitaire du COVID. Pour résoudre l’équation, le Centre Social Alma a choisi de miser sur le partenariat.

La collaboration plutôt que la concurrence

Depuis plusieurs années, les modèles socio-économiques du secteur social connaissent une transformation majeure. Dans un contexte de diminution et de réorientation des financements publics, le risque est présent pour les structures d’entrer dans une logique de concurrence. Le Centre Social Alma a, quant à lui, choisi la logique contraire : celle de la mutualisation des ressources.

Le projet « Centres Sociaux connectés » a débuté sous forme d’expérimentation en 2017 sur la MEL. Son objectif : permettre aux Centres Sociaux de relever le défi majeur de leur transition numérique. L’ambition est donc d’en faire des tiers lieux numériques de proximité qui accompagnent les habitants dans leurs usages et luttent contre l’illectronisme et ses conséquences. Depuis 2021, le projet est entré dans une phase d’accélération et de massification. Si la Fédération des Centres Sociaux du Nord Pas de Calais se charge de financer les 10 postes de coordinateurs de projets, elle s’appuie sur des Centres Sociaux partenaires pour porter ceux des chargés de transition numérique. Le coordinateur du projet « Centres Sociaux connectés » sur le Versant Nord Est nous explique la place du Centre Social Alma au sein du dispositif : « Le Centre Social Alma était déjà porteur du projet dans sa précédente version. Il a tout naturellement pris sa place dans le cadre de son élargissement. Aujourd’hui, le Centre Social porte le poste du chargé de transition numérique. Mais il le met à la disposition de deux autres Centres Sociaux : le Centre Social Fresnoy Mackellerie et le Centre Social Basse Masure. Concrètement, cela signifie que ce professionnel effectue sa mission au sein de 3 structures.»

Plusieurs acteurs, un seul interlocuteur

Alors que les appels à projet, appels d’offre et autres marchés publics se sont peu à peu substitués à la logique de subvention, ce sont les modes de financement des politiques publiques qui ont radicalement changé de modèle. Dans ce nouveau mode de contractualisation, comment trouver sa place ? Où aller chercher l’expertise et l’ingénierie nécessaires pour bénéficier de ces financements ? Là encore, le Centre Social Alma a trouvé la réponse du côté de la collaboration.

La coordinatrice du projet « Bien Vieillir », professionnelle du Centre Social ECHO, nous parle du contexte de collaboration des Centres Sociaux de Roubaix sur ce projet : « Nous avons commencé à travailler ensemble pour faire un diagnostic sur le bien vieillir auprès des seniors à Roubaix. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à proposer sur ce public. Les seniors subissent d’autant plus la problématique de la précarité qu’elle s’ajoute à celle de l’isolement. 7 Centres Sociaux se sont engagés dans ce projet avec d’autres partenaires comme le CCAS. »

Ici, c’est la collaboration qui a permis aux parties prenantes d’acquérir l’expertise nécessaire sur la question de l’accompagnement des seniors, avancer sur celle des besoins et répondre à l’appel à projet du département. L’avantage : cumuler les ressources et l’expertise de 7 structures, faire porter le projet par une seule d’entre elles et proposer un interlocuteur unique aux financeurs.

Mais une telle coopération ne va pas de soi. Elle exige d’être pensée en amont et s’appuie sur une connaissance ainsi qu’une confiance mutuelle des différents intervenants comme nous l’explique la directrice du Centre Social ECHO : «La coopération, ce n’est pas qu’une question de moyens. Coopérer, c’est avant tout partager des valeurs et des objectifs communs. Dès 2016, les centres sociaux ECHO, Alma et Pile Sainte-Elisabeth ont initié un travail en commun sur les Etats généraux des Centres Sociaux roubaisiens. Ils ont abouti à une charte commune avec la volonté de mettre en lumière les actions que nous menions, les valeurs que nous partagions et la manière dont elles s’incarnaient au quotidien auprès des habitants. Ce travail nous a permis de nous connaitre et d’être en confiance. Mener un projet à 7 structures ne relève pas de l’évidence, pour plusieurs raisons. D’abord, chacun d’entre nous officie sur un territoire précis à Roubaix. S’il y a des problématiques communes, il y a aussi des spécificités qu’il nous faut respecter. Par ailleurs, il faut qu’il y ait une grande confiance mutuelle pour désigner un porteur officiel alors que chacun a la légitimité de le faire. Pour ne pas être en concurrence mais bien en collaboration, il nous faut un socle de valeurs et d’objectifs communs solide.»

Travailler ensemble pour être plus attractif

Alors que les métiers du secteur social connaissent une crise d’attractivité sans précédent, difficile pour des acteurs comme les Centres Sociaux de tirer leur épingle du jeu en matière de recrutement, plus encore sur des fonctions support pour lesquelles les structures n’ont pas souvent les moyens de financer des temps pleins. Pour gagner en attractivité, le Centre Social Alma et l’Association Iciela (qui comprend le Centre Social Pile Sainte-Elisabeth et le Centre Social Assia Djebar ) portent conjointement un poste de responsable RH, une compétence supplémentaire pour garantir la qualité de l’accompagnement mené. La directrice de l’Association Iciela nous présente le contexte de ce recrutement : «Depuis une dizaine d’années, nous développons une dynamique partenariale avec les Centres Sociaux Alma et ECHO. C’est dans le cadre de ces échanges que nous avons identifié notre besoin commun en RH et que nous avons créé ce poste. C’est à la fois un atout considérable car cela permet de mettre les outils RH construits au service de l’un et de l’autre. Mais il nous faut aussi de la souplesse, de la transparence et de la confiance : même si on travaille main dans la main, nous sommes deux entités distinctes, avec deux identités et parfois, des informations qui doivent rester confidentielles. Nous avons donc construit ce recrutement conjointement. Ensuite, et tout naturellement, nous avons su nous adapter pour permettre à Amélie de trouver de la souplesse dans son organisation. » Dans de telles conditions, travailler pour deux Centres Sociaux devient un avantage réel pour la Responsable RH des deux structures : « Je suis multi-employeurs. Mais, au moment du recrutement, j’ai vraiment senti cette cohésion et cette cohérence en termes de valeurs. Aujourd’hui, le fait de pouvoir travailler sur deux structures m’offre l’occasion de multiplier les compétences, les expertises, les profils rencontrés. Il y a aussi des managements différents auxquels je dois m’adapter. Il est intéressant de s’approprier les bonnes pratiques d’un Centre Social et de les mettre au service de l’autre.»

La collaboration : une logique au service de l’accompagnement des habitants de Roubaix

Le partenariat est un formidable levier de valorisation des ressources et des compétences. Toutefois, il doit être conduit dans une logique où la dimension économique demeure au service du projet social et non l’inverse. 

Diagnostiquer les besoins du territoire

La force de frappe déployée par la collaboration de 7 Centres Sociaux de Roubaix a permis de mener un diagnostic élargi et précis des besoins des seniors sur le territoire roubaisien. Le collectif « Bien Vieillir » est aujourd’hui identifié par tous les partenaires institutionnels pour son expertise sur le sujet. Il est aussi reconnu pour sa capacité à déployer une offre de service commune, complémentaire et coordonnée. C’est ce que nous expliquent la coordinatrice de projet et la directrice du Centre Social Echo : «Le diagnostic que nous avons établi a été nourri par des questionnaires – entretiens des seniors dans chacune des structures, des rencontres collectives avec les habitants. On a fait la même chose avec nos partenaires en leur demandant ce qu’ils repéraient comme besoins : des pharmaciens, des médecins traitants, d’autres associations de quartier, Illevia, LMH, bref tous ceux qui sont au contact direct de ces publics. Ça a été un travail de précision, des centaines de questionnaires épluchés et d’entretiens menés qui nous ont permis d’établir les grandes orientations des actions à mener. Sans cette collaboration, nous n’aurions pas pu mener un travail d’une telle ampleur. Un référent a été désigné dans chaque structure et on a une rencontre par mois où on fait le point sur ce que chacun fait déjà et ce qui peut être transférable. On s’est rendu compte de la richesse que ça représentait. « Bien vieillir » a permis de faire émerger un collectif expert sur les seniors et on est repéré en tant que tels sur le territoire tant sur la réflexion que sur l’action : on vient nous chercher là-dessus. Sur les territoires, on voit que les besoins sont communs même s’il y a parfois des spécificités. L’idée c’est vraiment de dire que grâce au collectif, on peut élargir notre proposition et notre offre de service. »

S’engager dans des projets de grande envergure

Comme nous l’explique le coordinateur du projet « Centre Sociaux connectés », c’est bien la coopération qui permet à des structures comme les Centres Sociaux de faire face à des défis majeurs comme celui de la transition numérique : « Sans cette coopération, cette transition ne pourrait probablement pas se faire car un Centre Social n’a que très rarement les moyens de salarier à lui seul un chargé de transition / projets numériques. Encore moins de financer toutes les ressources nécessaires à un accompagnement de qualité pour l’ensemble des habitants du quartier. Or, entre le développement de la e-santé, l’usage presque exclusif de Pronote comme médiation entre les familles et l’école, les inscriptions en ligne systématiques pour les démarches administratives, les déclarations d’impôts … on mesure à quel point le numérique représente un enjeu majeur en termes d’égalité des droits. Il y a encore quelques années, les médiateurs numériques les plus nombreux étaient l’entourage proche, les enfants, petits-enfants, les amis. Avec la digitalisation massive du service public et la place qu’occupe le numérique dans notre société, il est crucial de proposer des lieux d’accompagnement ouverts et accessibles à tous. »

Selon lui, les outils numériques sont de formidables leviers d’accompagnement pour les travailleurs sociaux, notamment pour aller vers les publics parfois invisibilisés mais aussi pour développer leur pouvoir d’agir : « Un des enjeux de ce projet « Centres Sociaux Connectés » est d’utiliser les outils numériques comme outil d’ « aller vers » . Grâce à ça, on peut repérer des publics d’habitude invisibles pour les ramener vers le Centre Social. Il existe par exemple des vélos-cargot numériques, des trucks ou des rosalies numériques: avec des connexions. On sillonne le territoire avec et on informe les gens sur les services qui peuvent être rendus dans les Centres Sociaux. On les sensibilise et c’est comme ça qu’on initie des parcours d’accompagnement. Mais le numérique est aussi un formidable levier de développement du pouvoir d’agir chez les usagers. On a vu par exemple s’organiser une scène ouverte où les jeunes ont été partie-prenante dans l’organisation. Ils se sont occupés de la conception des flyers avec des sites comme CANVA, ils ont géré la communication de l’évènement sur les réseaux sociaux.»

Le collectif : une richesse pour l’expertise des professionnels

Partout où cette collaboration se met en place, c’est une occasion de plus d’échanger les pratiques, les connaissances et de faire monter en compétences les professionnels concernés.

Echanger les bonnes pratiques

Pour les professionnels des différentes structures, les temps de rencontre sont aussi des temps d’échanges plus ou moins formels où l’on confronte ses pratiques, on partage les actions et on évalue ce qui peut être transférable d’une structure à l’autre. La responsable RH des Centres Sociaux Alma et de l’Association Iciela, nous explique comment elle met à profit son poste partagé pour faire monter les professionnels en compétences : « La mutualisation des pratiques est enrichissante pour tous les acteurs. Sans les calquer, on peut s’inspirer des choses qui fonctionnent des deux côtés. Une fois qu’un outil est créé, il peut se décliner dans les deux structures même si son utilisation doit se spécifier en fonction des besoins. Pour le réseau partenarial, c’est la même chose. OPCO, organismes de formation, recherche de financements, médecine du travail : lorsquele partenariat est établi, il peut être mis au service de chaque structure. »

Le collectif : une habitude à prendre

Travailler en groupe fait déjà partie de l’ADN du travail social. Mais travailler en coopération entre plusieurs structures est une habitude à prendre qui risque de s’imposer de plus en plus comme nous l’indique Amandine Corby, directrice de l’Association Iciela : « Au fur et à mesure des années, les Centres Sociaux de Roubaix ont fait connaissance, ils se sont investis collectivement dans des projets et sont parvenus à partager et porter conjointement certains postes. Pour en arriver là, il y a eu un cheminement de reconnaissance de notre travail et notre légitimité mutuels. Désormais, nous progressons vers l’idée de co-construction de réponses aux Appels à Projet parce qu’on dans des logiques de financement qui ont beaucoup changé. Tout cela va prendre du temps et chacun d’entre nous conservera toujours son identité, son territoire d’action, ses spécificités. Mais quand on entre dans ces logiques de coopérations, on cherche à saisir les opportunités qu’elles nous ouvrent. »

Les partenariats, tels qu’ils ont été pensés et portés par le Centre Social Alma, semblent donc s’imposer comme une nouvelle logique d’action riche d’opportunités et de perspectives pourvu qu’elle soit pensée conjointement par les parties-prenantes et portées par des valeurs communes qui garantissent l’intégrité de leur projet social.