Les partenariats du Centre Social Alma

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« Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ! » Telle pourrait être la devise du Centre Social Alma qui a misé sur le partenariat avec d’autres Centre Sociaux de Roubaix. L’objectif : démultiplier ses ressources et parvenir à répondre efficacement aux besoins des habitants du quartier. Une logique riche de projets qui a permis au Centre Social de se doter, entre autres, d’un poste RH, s’inscrire dans des actions de lutte contre la fracture numérique et développer la réflexion autour du vieillissement et de la perte d’autonomie. Pour mieux comprendre la logique de travail collaboratif portée par le Centre Social Alma, nous avons choisi de donner la parole à ses partenaires. Ils nous expliquent leurs projets communs et ce que leur apporte cette coopération.

Le partenariat : Une réponse aux contraintes du secteur social

647 536 € : c’est le budget annuel moyen d’un Centre Social en France en 2020. Avec plus de 5 785 000 personnes accompagnées, les Centres Sociaux sont plus que jamais des acteurs incontournables dans le maintien du lien social et l’accès aux droits pour les personnes en situation de précarité. Les besoins en ressources financières et humaines sont donc croissants, surtout depuis la crise sanitaire du COVID. Pour résoudre l’équation, le Centre Social Alma a choisi de miser sur le partenariat.

La collaboration plutôt que la concurrence

Depuis plusieurs années, les modèles socio-économiques du secteur social connaissent une transformation majeure. Dans un contexte de diminution et de réorientation des financements publics, le risque est présent pour les structures d’entrer dans une logique de concurrence. Le Centre Social Alma a, quant à lui, choisi la logique contraire : celle de la mutualisation des ressources.

Le projet « Centres Sociaux connectés » a débuté sous forme d’expérimentation en 2017 sur la MEL. Son objectif : permettre aux Centres Sociaux de relever le défi majeur de leur transition numérique. L’ambition est donc d’en faire des tiers lieux numériques de proximité qui accompagnent les habitants dans leurs usages et luttent contre l’illectronisme et ses conséquences. Depuis 2021, le projet est entré dans une phase d’accélération et de massification. Si la Fédération des Centres Sociaux du Nord Pas de Calais se charge de financer les 10 postes de coordinateurs de projets, elle s’appuie sur des Centres Sociaux partenaires pour porter ceux des chargés de transition numérique. Le coordinateur du projet « Centres Sociaux connectés » sur le Versant Nord Est nous explique la place du Centre Social Alma au sein du dispositif : « Le Centre Social Alma était déjà porteur du projet dans sa précédente version. Il a tout naturellement pris sa place dans le cadre de son élargissement. Aujourd’hui, le Centre Social porte le poste du chargé de transition numérique. Mais il le met à la disposition de deux autres Centres Sociaux : le Centre Social Fresnoy Mackellerie et le Centre Social Basse Masure. Concrètement, cela signifie que ce professionnel effectue sa mission au sein de 3 structures.»

Plusieurs acteurs, un seul interlocuteur

Alors que les appels à projet, appels d’offre et autres marchés publics se sont peu à peu substitués à la logique de subvention, ce sont les modes de financement des politiques publiques qui ont radicalement changé de modèle. Dans ce nouveau mode de contractualisation, comment trouver sa place ? Où aller chercher l’expertise et l’ingénierie nécessaires pour bénéficier de ces financements ? Là encore, le Centre Social Alma a trouvé la réponse du côté de la collaboration.

La coordinatrice du projet « Bien Vieillir », professionnelle du Centre Social ECHO, nous parle du contexte de collaboration des Centres Sociaux de Roubaix sur ce projet : « Nous avons commencé à travailler ensemble pour faire un diagnostic sur le bien vieillir auprès des seniors à Roubaix. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à proposer sur ce public. Les seniors subissent d’autant plus la problématique de la précarité qu’elle s’ajoute à celle de l’isolement. 7 Centres Sociaux se sont engagés dans ce projet avec d’autres partenaires comme le CCAS. »

Ici, c’est la collaboration qui a permis aux parties prenantes d’acquérir l’expertise nécessaire sur la question de l’accompagnement des seniors, avancer sur celle des besoins et répondre à l’appel à projet du département. L’avantage : cumuler les ressources et l’expertise de 7 structures, faire porter le projet par une seule d’entre elles et proposer un interlocuteur unique aux financeurs.

Mais une telle coopération ne va pas de soi. Elle exige d’être pensée en amont et s’appuie sur une connaissance ainsi qu’une confiance mutuelle des différents intervenants comme nous l’explique la directrice du Centre Social ECHO : «La coopération, ce n’est pas qu’une question de moyens. Coopérer, c’est avant tout partager des valeurs et des objectifs communs. Dès 2016, les centres sociaux ECHO, Alma et Pile Sainte-Elisabeth ont initié un travail en commun sur les Etats généraux des Centres Sociaux roubaisiens. Ils ont abouti à une charte commune avec la volonté de mettre en lumière les actions que nous menions, les valeurs que nous partagions et la manière dont elles s’incarnaient au quotidien auprès des habitants. Ce travail nous a permis de nous connaitre et d’être en confiance. Mener un projet à 7 structures ne relève pas de l’évidence, pour plusieurs raisons. D’abord, chacun d’entre nous officie sur un territoire précis à Roubaix. S’il y a des problématiques communes, il y a aussi des spécificités qu’il nous faut respecter. Par ailleurs, il faut qu’il y ait une grande confiance mutuelle pour désigner un porteur officiel alors que chacun a la légitimité de le faire. Pour ne pas être en concurrence mais bien en collaboration, il nous faut un socle de valeurs et d’objectifs communs solide.»

Travailler ensemble pour être plus attractif

Alors que les métiers du secteur social connaissent une crise d’attractivité sans précédent, difficile pour des acteurs comme les Centres Sociaux de tirer leur épingle du jeu en matière de recrutement, plus encore sur des fonctions support pour lesquelles les structures n’ont pas souvent les moyens de financer des temps pleins. Pour gagner en attractivité, le Centre Social Alma et l’Association Iciela (qui comprend le Centre Social Pile Sainte-Elisabeth et le Centre Social Assia Djebar ) portent conjointement un poste de responsable RH, une compétence supplémentaire pour garantir la qualité de l’accompagnement mené. La directrice de l’Association Iciela nous présente le contexte de ce recrutement : «Depuis une dizaine d’années, nous développons une dynamique partenariale avec les Centres Sociaux Alma et ECHO. C’est dans le cadre de ces échanges que nous avons identifié notre besoin commun en RH et que nous avons créé ce poste. C’est à la fois un atout considérable car cela permet de mettre les outils RH construits au service de l’un et de l’autre. Mais il nous faut aussi de la souplesse, de la transparence et de la confiance : même si on travaille main dans la main, nous sommes deux entités distinctes, avec deux identités et parfois, des informations qui doivent rester confidentielles. Nous avons donc construit ce recrutement conjointement. Ensuite, et tout naturellement, nous avons su nous adapter pour permettre à Amélie de trouver de la souplesse dans son organisation. » Dans de telles conditions, travailler pour deux Centres Sociaux devient un avantage réel pour la Responsable RH des deux structures : « Je suis multi-employeurs. Mais, au moment du recrutement, j’ai vraiment senti cette cohésion et cette cohérence en termes de valeurs. Aujourd’hui, le fait de pouvoir travailler sur deux structures m’offre l’occasion de multiplier les compétences, les expertises, les profils rencontrés. Il y a aussi des managements différents auxquels je dois m’adapter. Il est intéressant de s’approprier les bonnes pratiques d’un Centre Social et de les mettre au service de l’autre.»

La collaboration : une logique au service de l’accompagnement des habitants de Roubaix

Le partenariat est un formidable levier de valorisation des ressources et des compétences. Toutefois, il doit être conduit dans une logique où la dimension économique demeure au service du projet social et non l’inverse. 

Diagnostiquer les besoins du territoire

La force de frappe déployée par la collaboration de 7 Centres Sociaux de Roubaix a permis de mener un diagnostic élargi et précis des besoins des seniors sur le territoire roubaisien. Le collectif « Bien Vieillir » est aujourd’hui identifié par tous les partenaires institutionnels pour son expertise sur le sujet. Il est aussi reconnu pour sa capacité à déployer une offre de service commune, complémentaire et coordonnée. C’est ce que nous expliquent la coordinatrice de projet et la directrice du Centre Social Echo : «Le diagnostic que nous avons établi a été nourri par des questionnaires – entretiens des seniors dans chacune des structures, des rencontres collectives avec les habitants. On a fait la même chose avec nos partenaires en leur demandant ce qu’ils repéraient comme besoins : des pharmaciens, des médecins traitants, d’autres associations de quartier, Illevia, LMH, bref tous ceux qui sont au contact direct de ces publics. Ça a été un travail de précision, des centaines de questionnaires épluchés et d’entretiens menés qui nous ont permis d’établir les grandes orientations des actions à mener. Sans cette collaboration, nous n’aurions pas pu mener un travail d’une telle ampleur. Un référent a été désigné dans chaque structure et on a une rencontre par mois où on fait le point sur ce que chacun fait déjà et ce qui peut être transférable. On s’est rendu compte de la richesse que ça représentait. « Bien vieillir » a permis de faire émerger un collectif expert sur les seniors et on est repéré en tant que tels sur le territoire tant sur la réflexion que sur l’action : on vient nous chercher là-dessus. Sur les territoires, on voit que les besoins sont communs même s’il y a parfois des spécificités. L’idée c’est vraiment de dire que grâce au collectif, on peut élargir notre proposition et notre offre de service. »

S’engager dans des projets de grande envergure

Comme nous l’explique le coordinateur du projet « Centre Sociaux connectés », c’est bien la coopération qui permet à des structures comme les Centres Sociaux de faire face à des défis majeurs comme celui de la transition numérique : « Sans cette coopération, cette transition ne pourrait probablement pas se faire car un Centre Social n’a que très rarement les moyens de salarier à lui seul un chargé de transition / projets numériques. Encore moins de financer toutes les ressources nécessaires à un accompagnement de qualité pour l’ensemble des habitants du quartier. Or, entre le développement de la e-santé, l’usage presque exclusif de Pronote comme médiation entre les familles et l’école, les inscriptions en ligne systématiques pour les démarches administratives, les déclarations d’impôts … on mesure à quel point le numérique représente un enjeu majeur en termes d’égalité des droits. Il y a encore quelques années, les médiateurs numériques les plus nombreux étaient l’entourage proche, les enfants, petits-enfants, les amis. Avec la digitalisation massive du service public et la place qu’occupe le numérique dans notre société, il est crucial de proposer des lieux d’accompagnement ouverts et accessibles à tous. »

Selon lui, les outils numériques sont de formidables leviers d’accompagnement pour les travailleurs sociaux, notamment pour aller vers les publics parfois invisibilisés mais aussi pour développer leur pouvoir d’agir : « Un des enjeux de ce projet « Centres Sociaux Connectés » est d’utiliser les outils numériques comme outil d’ « aller vers » . Grâce à ça, on peut repérer des publics d’habitude invisibles pour les ramener vers le Centre Social. Il existe par exemple des vélos-cargot numériques, des trucks ou des rosalies numériques: avec des connexions. On sillonne le territoire avec et on informe les gens sur les services qui peuvent être rendus dans les Centres Sociaux. On les sensibilise et c’est comme ça qu’on initie des parcours d’accompagnement. Mais le numérique est aussi un formidable levier de développement du pouvoir d’agir chez les usagers. On a vu par exemple s’organiser une scène ouverte où les jeunes ont été partie-prenante dans l’organisation. Ils se sont occupés de la conception des flyers avec des sites comme CANVA, ils ont géré la communication de l’évènement sur les réseaux sociaux.»

Le collectif : une richesse pour l’expertise des professionnels

Partout où cette collaboration se met en place, c’est une occasion de plus d’échanger les pratiques, les connaissances et de faire monter en compétences les professionnels concernés.

Echanger les bonnes pratiques

Pour les professionnels des différentes structures, les temps de rencontre sont aussi des temps d’échanges plus ou moins formels où l’on confronte ses pratiques, on partage les actions et on évalue ce qui peut être transférable d’une structure à l’autre. La responsable RH des Centres Sociaux Alma et de l’Association Iciela, nous explique comment elle met à profit son poste partagé pour faire monter les professionnels en compétences : « La mutualisation des pratiques est enrichissante pour tous les acteurs. Sans les calquer, on peut s’inspirer des choses qui fonctionnent des deux côtés. Une fois qu’un outil est créé, il peut se décliner dans les deux structures même si son utilisation doit se spécifier en fonction des besoins. Pour le réseau partenarial, c’est la même chose. OPCO, organismes de formation, recherche de financements, médecine du travail : lorsquele partenariat est établi, il peut être mis au service de chaque structure. »

Le collectif : une habitude à prendre

Travailler en groupe fait déjà partie de l’ADN du travail social. Mais travailler en coopération entre plusieurs structures est une habitude à prendre qui risque de s’imposer de plus en plus comme nous l’indique Amandine Corby, directrice de l’Association Iciela : « Au fur et à mesure des années, les Centres Sociaux de Roubaix ont fait connaissance, ils se sont investis collectivement dans des projets et sont parvenus à partager et porter conjointement certains postes. Pour en arriver là, il y a eu un cheminement de reconnaissance de notre travail et notre légitimité mutuels. Désormais, nous progressons vers l’idée de co-construction de réponses aux Appels à Projet parce qu’on dans des logiques de financement qui ont beaucoup changé. Tout cela va prendre du temps et chacun d’entre nous conservera toujours son identité, son territoire d’action, ses spécificités. Mais quand on entre dans ces logiques de coopérations, on cherche à saisir les opportunités qu’elles nous ouvrent. »

Les partenariats, tels qu’ils ont été pensés et portés par le Centre Social Alma, semblent donc s’imposer comme une nouvelle logique d’action riche d’opportunités et de perspectives pourvu qu’elle soit pensée conjointement par les parties-prenantes et portées par des valeurs communes qui garantissent l’intégrité de leur projet social.

Les acteurs de l’Alma 3 : Marie-Agnès Leman : L’Alma au cœur

administrateur

Marie-Agnès Leman a l’Alma attaché au cœur. Demandez donc aux anciens du quartier, ils vous le diront : « Tout le monde ici connaît les Leman ». Engagée dans la lutte pour l’amélioration du quotidien des habitants de l’Alma, elle a marqué l’histoire du quartier comme celle du Centre Social. Découvrons ensemble le témoignage de celle qui fut la première Ecrivain Public du Centre.

Bonjour Marie-Agnès. Pouvez-vous nous raconter l’histoire qui vous lie au quartier de l’Alma ?

Mon mari et moi, nous sommes arrivés à l’Alma en 64. Il était éducateur et il est venu à Roubaix pour créer un club de prévention dans le quartier. Mon mari trouvait que quand on était éducateur de prévention, il fallait vivre avec la population. Donc, on a d’abord occupé un appartement rue des Anges. Ensuite, on s’est installés avenue Frasez.

A l’époque, il y avait beaucoup d’italiens, de belges. Presque tous travaillaient dans les usines textiles. Tout de suite, ce qui m’a frappée, c’est la pauvreté des habitants, l’état des logements. Je ne connaissais pas le quartier et franchement, au départ, je ne savais pas si j’allais réussir à m’habituer. On nous regardait d’ailleurs un peu comme des bêtes curieuses. Les habitants se demandaient ce qu’on était venus faire ici. Finalement, on est resté là plus de 30 ans !

Quand avez-vous commencé à vous engager auprès des habitants de l’Alma ?

Quand on a vu les courées, on s’est tout de suite dit : il faut faire quelque chose !

Un dimanche matin, on a décidé d’organiser une réunion chez nous. On voulait parler de la vie du quartier, de ce qu’on pouvait faire pour l’améliorer et s’attaquer au problème du logement. Il faut bien vous dire que ce n’était pas la même époque. On se faisait passer le mot. C’est comme ça que ça fonctionnait. Eh bien, une quarantaine de personnes sont venues ! Nous-mêmes, ça nous a surpris !

Déjà, les habitants du quartier se sentaient concernés. Ils voulaient s’engager pour faire bouger les choses.

A partir de là, on a commencé l’action sur le logement, on s’est engagés dans les projets de rénovation. On a créé l’Atelier Populaire d’Urbanisme. Christian vous a déjà raconté tout ça. C’est du passé maintenant, c’est assez vieux, mais c’est aussi l’histoire du quartier !

Et le Centre Social alors ?

A l’époque il y avait déjà un Centre Social à l’Alma. Mais il n’était ni très animé ni très accueillant. Il n’y avait aucune activité tournée vers les jeunes. Avec mon mari, on s’est tout de suite dit que c’était une autre priorité et qu’il fallait créer un autre Centre Social.

La rénovation urbaine intéressait beaucoup de monde dans les années 60 – 70. Ca focalisait l’attention de chercheurs, de militants, de gens engagés politiquement. Un sociologue, Olivier Querouil, nous a contactés. C’est lui qui nous a accompagnés dans la création du nouveau Centre Social. Avec lui, on a formalisé un nouveau projet. Il fallait fixer des objectifs, lister des activités, penser à la manière de mettre tout ça en œuvre.

C’est Olivier qui a été le premier directeur du Centre Social. Et c’est Nicole Delforge qui lui a succédé et en a été la directrice pendant près de 30 ans. Au fil des années, la dirigeance s’est organisée, les activités se sont multipliées. On a créé les Ecrivains Publics et j’ai d’ailleurs été la première à exercer cette fonction, ce devait être à la fin des années 70.

Quand on a commencé, on était entre 5 et 6 personnes. Et tout le monde n’était pas salarié ! Sans l’engagement et l’implication bénévole des habitants, tout ça n’aurait pas pu exister. Plus tard, il y a eu le soutien scolaire. A domicile, chez nous, imaginez-vous ! Et puis des sorties, des voyages avec des familles qui ne partaient jamais en vacances. Les années, le temps, ont peu à peu écrit l’histoire du Centre.

Nous étions, pour beaucoup, des gens de bonne volonté mais pas forcément des professionnels. Mais avec le temps, l’activité du Centre s’est organisée. Peu à peu, le Centre Social s’est développé et professionnalisé pour parvenir à sa forme actuelle.

Dans les années 90, j’ai occupé le poste d’adjointe au logement à la mairie de Roubaix. Je suis restée au Conseil d’Administration du Centre mais j’ai pris de la distance avec les actions. En 2014, quand j’ai arrêté mon mandat politique, je me suis réinvestie au sein du CA.

Quel regard portez-vous sur l’action du Centre Social au sein du quartier de l’Alma ?

L’histoire du Centre est liée à celle de la rénovation du quartier. Le Centre Social, d’ailleurs, participait aux activités de rénovation. A cette époque, c’est toute une dynamique de développement qui s’est mise en œuvre. Et c’est encore ce qui fait l’action du Centre aujourd’hui : c’est un outil de développement du quartier.

Les gens qui y travaillent sont des professionnels de qualité qui veulent d’autant plus s’investir qu’ils ont, pour beaucoup d’entre eux, une histoire avec l’Alma. Ils connaissent ce quartier, ils y sont attachés. Leur investissement a presque un caractère personnel et c’est pourquoi ils tiennent tant à voir les gens progresser.

C’est aussi pour ça qu’ils ont fait en sorte de se mettre à leur portée, de les investir dans l’ensemble des actions et des projets. Ici, c’est la clé de tout : la participation des habitants à l’action du Centre et à l’amélioration de leur quotidien.

Pour terminer, un mot sur le quartier de l’Alma ?

Je sais bien qu’il y a des difficultés, de la précarité aussi. Mais quand même, si vous me demandez ce qui caractérise le quartier, je vous dirais : la solidarité. Dans les années 60, comme les gens du quartier étaient très mal logés, la solidarité était presque naturelle et obligatoire. Aujourd’hui, cette solidarité a pris une autre forme mais on voit bien qu’elle persiste dans les actions, même dans la présence des habitants au CA. Ici, les gens vivent ensemble. Ils ne vivent pas les uns à côté des autres mais les uns avec les autres. Tout le monde se connaît.

Moi-même, quand je reviens dans le quartier, je me fais souvent interpeler par des adultes que j’ai connus enfants. Ils se rappellent de moi. Il y a du lien social, un lien entre tous les habitants, un lien entre les habitants et les intervenants. Aujourd’hui, la préoccupation, c’est le projet de rénovation. On sait que beaucoup de logements vont être détruits. Une rénovation, forcément, ça transforme un quartier donc ça transforme les liens. Quand nous avons participé aux premiers projets de rénovation, notre ambition et notre espoir, c’était de permettre une forme de mixité sociale. Ce serait bien qu’on puisse parvenir à en retrouver davantage tout en conservant l’âme et l’histoire du quartier.

Les acteurs de l’Alma 2 : Christian Carlier, une histoire engagée

Administrateur

Christian Carlier habite l’Alma depuis près de 50 ans. Militant de la première heure, il a connu les premiers projets de rénovation urbaine et s’est engagé auprès des habitants du quartier pour que leurs besoins et leur avis soient pris en compte. Attaché aux valeurs de la démocratie participative, Christian continue à s’investir pour que la parole des habitants soit entendue au Centre Social comme au sein de la Municipalité. Ecoutez-le nous raconter l’histoire du quartier et de ses luttes.

Bonjour Christian. Quelle histoire vous lie au quartier de l’Alma ?

Je me suis intéressé à l’Alma à la fin des années 70. Je suis tourquennois d’origine mais je me suis marié avec une roubaisienne que j’ai rencontrée dans le cadre de nos engagements militants. Nous avons d’abord emménagé à Barbe d’Or puis nous avons acheté une maison rue de France, en 1983. Depuis, nous n’avons jamais quitté le quartier et nous y habitons toujours.

Ce qui m’a fait m’intéresser au quartier, ce sont les luttes collectives qui s’y menaient. A l’époque, il y avait déjà un projet de rénovation urbaine qui a fait l’objet d’une lutte militante à laquelle j’ai pris part. Plus tard, j’ai été Président de l’Association Interquartier de Roubaix, un rassemblement des comités de quartier. Bref, j’ai toujours eu une activité militante qui favorise une forme de démocratie participative. Aujourd’hui encore, je suis conseiller municipal dans l’opposition. Mon engagement dans la vie du quartier a connu des hauts et des bas. La vie nous impose parfois ses priorités. Il y a une vingtaine d’années, j’ai ressenti l’envie de m’investir de nouveau dans les actions du quartier. Je connaissais le Centre Social depuis longtemps et c’est comme ça que j’en suis devenu l’un de ses administrateurs.

Quel regard portez-vous sur le quartier de l’Alma ?

L’Alma est un quartier avec une histoire forte dont il est, d’une certaine manière, toujours héritier.

Dans les années 50 – 60, l’Alma était un quartier dont la population était en grande partie constituée d’ouvriers des usines textiles. Il y avait beaucoup de courées avec des logements insalubres. Dès les années 60, la ville s’est emparée de la question et s’est lancée dans les premiers projets de rénovation urbaine. Très vite, les habitants se sont regroupés et organisés, à la fois pour s’opposer aux projets tels qu’ils étaient conçus mais aussi pour parvenir à se faire entendre et prendre part à la réflexion. Des militants comme ceux de l’Association Populaire Familiale (devenue ensuite la Confédération Syndicale sur le Cadre de Vie) avaient une expérience de revendication sur les questions du logement.

Grâce à ces pratiques collectives, les habitants sont parvenus à imposer un rapport de force. C’est comme ça qu’est né l’Atelier Populaire d’Urbanisme. Des réunions étaient organisées tous les mercredis soir, ouvertes à tous les habitants du quartier. L’idée c’était de permettre à la population locale de discuter avec les autorités municipales et les techniciens mais aussi d’être force de propositions quant au projet de rénovation et d’aménagement du territoire.

Petit à petit, la ville a reconnu le travail et l’implication des habitants. En 77, nous avons abouti à un Schéma d’Aménagement de l’Alma, dont on trouve toujours des traces dans le regroupement de la Résidence Fontenoy, l’école Elsa Triolet, le foyer des personnes âgées et la salle de sport. Les grands axes de revendication, c’était de permettre aux habitants du quartier de rester sur place mais aussi de penser les structures et l’architecture pour conserver un côté collectif, un héritage de solidarité et d’entraide qui avait toujours été présent. Faire en sorte que la rénovation préserve l’esprit du lien social.

C’est dans cet objectif que militants et habitants se sont mobilisés dans ce que nous appelions alors la Gestion ou le Social, avec des outils aujourd’hui disparus comme la Régie Technique, dont le Centre Social est la seule entité à avoir perduré.

Cette histoire est exemplaire à plus d’un titre et je pense qu’il est important d’en garder la mémoire. C’est d’ailleurs ce qui se passe : ici, les habitants se sentent concernés par la vie de leur quartier. Il y a une appartenance forte au territoire et une volonté de participer à ce qui se fait, une capacité à réagir. C’est un peu comme s’il y avait une mémoire de l’action collective, une mémoire des luttes qui perdure malgré le temps qui passe.

Pour vous, quel est le rôle du Centre Social au sein du quartier ?

Le quartier de l’Alma est un de ces quartiers que l’on qualifie de « populaires », avec tout ce que ça représente d’images plus ou moins négatives et aussi d’incompréhensions. C’est à la fois un quartier où les habitants demeurent actifs, mobilisés et dynamiques, un quartier où il y a une vie associative et des initiatives collectives. Mais c’est aussi un quartier où les habitants font face à des difficultés multiples : la question du logement mais aussi celle de l’emploi et un manque de ressources. De ce point de vue, le Centre Social est un acteur de développement social. Il a pour vocation d’accompagner les habitants pour leur permettre de résoudre leurs problématiques et de vivre décemment.

J’ai connu le Centre Social dans les années 80 quand il était encore à l’état embryonnaire. Le fait qu’il ait rebondi à plusieurs reprises et existe encore aujourd’hui est symptomatique de son utilité sur le territoire pour les habitants. Aujourd’hui, le Centre de l’Alma est l’un des plus gros centres sociaux de la ville et l’un des plus vivants sur le territoire.

Que pensez-vous apporter à l’action du Centre Social en tant qu’administrateur ?

A l’origine, le Centre Social était une petite structure. Puis, les habitants du quartier qui menaient des actions pour améliorer le quotidien l’ont investi.

Aujourd’hui, il s’agit d’une structure professionnelle avec des travailleurs sociaux formés et qualifiés. Toutefois, le Centre Social de l’Alma conserve une particularité : il est l’un de ceux où la représentation des habitants demeure la plus forte au sein du Conseil d’Administration. A chaque Assemblée Générale, il y a des habitants qu’on ne peut pas prendre parce qu’on est au maximum statutaire ! Les gens du quartier restent impliqués, tiennent à faire partie du CA et donner leur avis sur l’action du Centre.

Je crois que ce que j’ai le plus envie d’apporter, c’est une vigilance et une prudence. Le Centre Social est une structure professionnelle, forte et très présente sur le territoire, qui existe parce qu’elle est reconnue par ses financeurs. Il doit être attentif à demeurer dans l’accompagnement et pas le « faire avec » ou le « dire à la place de ». Il nous faut développer le pouvoir d’agir des personnes accompagnées et cela passe par le développement de leur parole.

Ce n’est pas parce que les structures militantes qui permettaient l’expression organisée des revendications des habitants n’existent plus dans la forme que l’on a pu connaître, que la question de l’expression d’une parole autonome et collective des habitants a disparu. Au contraire, même ! Il faut s’interroger sur l’importance de l’abstention électorale dans ces quartiers. Donc, je suis attentif à faire entendre et respecter la parole et les revendications des habitants. Le Centre doit préserver l’équilibre nécessaire pour que d’autres initiatives d’habitants continuent à perdurer. Cela doit pouvoir se construire et s’exprimer, ailleurs qu’au Centre Social mais peut-être aussi un peu, grâce à lui.

Dans le fond, que peut apporter un administrateur qui n’est pas un professionnel porteur d’actions et qui n’est pas (ou plus) un usager des services ? Je ne sais pas. Peut-être que je suis le porteur d’une histoire, d’une mémoire des luttes qui ont façonné ce quartier.

Les acteurs de l’Alma : Muriel Mallart, vice-présidente du Centre Social Alma

Muriel Mallart est Vice Présidente du Conseil d’Administration du Centre Social Alma. Elle donne de son temps, partage son expérience et son réseau pour soutenir l’action des professionnels du Centre Social. Lumière sur l’engagement de cette administratrice bénévole au service de l’action du Centre Social, des habitants de l’Alma et du territoire.

Bonjour Muriel. Comment connaissez-vous le quartier de l’Alma ? Qu’est-ce qui vous attache à ce quartier ?

Le quartier, je le connais bien ! Depuis toute petite ! J’habitais Wattrelos. Je me souviens que maman m’emmenait dans le quartier de l’Alma. On allait dans une boulangerie qui se situait juste avant le feu du Boulevard des Nations Unis. Aujourd’hui j’ai 71 ans. Ce que je vous raconte, c’était il y a 65 ans. Evidemment, à l’époque, le quartier de l’Alma était un tout autre quartier que celui que l’on connaît maintenant. Et puis ensuite, j’ai fait toute ma carrière à La Redoute. J’ai été cadre sur la Martinoire en Logistique et je venais souvent au siège. Bref,  j’ai fréquenté et évolué dans le quartier de l’Alma la plus grande partie de ma vie.

Pourquoi vous êtes-vous engagée au Conseil d’Administration du Centre Social Alma ?

J’ai toujours été un peu engagée. Je dirais que mon engagement auprès de l’Alma, ça a commencé dans les années 2000 quand le groupe La Redoute a été à l’initiative de l’association SolidarCité. A ce moment-là, on a commencé à développer une collaboration et un partenariat avec les acteurs sociaux du quartier. Grâce aux actions de SolidarCité et l’engagement des salariés, on a pu financer plein de choses : un mini-bus pour des enfants autistes, l’équipement de la plaine de jeux de la pouponnière Boucicaut. On facilitait aussi l’accès à des stages pour des jeunes issus du quartier de l’Alma. Et puis on organisait des moments de convivialité : ça nous a permis de côtoyer les habitants, de mieux les connaître.

Finalement, quand je suis partie en retraite, j’ai poursuivi mes activités au sien du syndicat CFE CGC. Dans ce cadre-là, j’ai été nommé dans plusieurs commissions paritaires : CAF, CPAM, URSSAF, CARSAT. Il leur fallait des observateurs pour faire le point sur l’action des Centres Sociaux. Je me suis déplacée dans beaucoup de Centre Sociaux mais j’ai tout de suite compris qu’il y avait quelque chose de spécial au Centre Social Alma. Il y avait une vraie dynamique au service des habitants du quartier, une expertise des professionnels et des projets très enthousiasmants. Alors quand on m’a demandé d’intégrer le Conseil d’Administration du Centre Social, j’ai dit oui.

Qu’est-ce que vous souhaitez apporter en tant qu’administratrice du Centre Social ?

Aujourd’hui encore, je reste très engagée et très active. Je travaille avec la Mission Locale, la Région et le Département, la MEL et dans plusieurs autres instances. Mon plus à moi, c’est mon réseau et ma connaissance des sujets. J’ai pensé que je pouvais apporter ça au Centre Social en tant qu’administratrice : permettre aux professionnels de trouver des interlocuteurs, les renseigner sur des dispositifs en place dans la région et dans lesquels ils pourraient s’inscrire. Par exemple, j’étais déjà engagée dans le dispositif Territoire Zéro Chômeur de Loos et Tourcoing. Donc, j’ai pu apporter mon aide quand le Centre Social a voulu y participer avec Coop Manau.

Quel regard portez-vous sur le quartier de l’Alma et quelles ambitions nourrissez-vous pour les personnes accompagnées au sein du Centre Social ?

On parle souvent de l’insécurité à propos de l’Alma. Bien sûr qu’il y a des difficultés ici, mais il y a aussi des gens très bien, une vie de quartier très riche et même un esprit de famille.

Pour moi, le Centre Social doit être là pour les habitants du quartier, pour les enfants comme pour les plus grands. Il doit pouvoir accompagner ces personnes pour leur permettre de résoudre leurs difficultés mais aussi animer le quartier et d’une certaine manière, ouvrir des perspectives, permettre aux habitants de sortir un peu du quartier, de voir plus loin. Il n’y pas longtemps, on a réussi à organiser un déplacement à Paris pour 12 dames qui font partie de la coopérative. Elles étaient sans leur mari, sans leurs enfants et pour la majeure partie d’entre elles, elles n’étaient jamais allées à Paris. C’est merveilleux je trouve.

Au Centre Social, avec les projets, on essaye de donner d’autres perspectives, d’autres ambitions aux habitants, leur montrer qu’ils ont toute leur place dans la vie, dans la société, qu’ils comptent. En plus, ce que j’apprécie ici, c’est que les professionnels se mettent au même niveau que les habitants. Il y a la volonté de démocratiser l’action, de ne pas faire les choses à la place des gens mais de les faire avec eux, pour qu’ils ne se sentent pas exclus.

Quand j’écoute les professionnels présenter leurs projets, je me rends compte de tout ce qu’ils arrivent à faire. C’est émouvant et il y a aussi une vraie satisfaction à voir tout ce qu’on peut apporter aux personnes qui vivent ici, la capacité des professionnels à mettre les jeunes en valeur, leur donner confiance, les inclure dans la société, notamment via la culture. Moi ça me donne de l’espoir : je suis grand-mère. Quand je vois tous ces petits, je me dis que je ferai tout pour qu’ils bénéficient des mêmes chances. Je voudrais que chaque jour de ma vie, je puisse participer au bien collectif.

L’accueil et l’accompagnement Petite Enfance au Centre Social Alma

Ouvertes du lundi au vendredi de 8h à 17h30, la halte-garderie Pimprenelle et Nicolas et la halte-garderie Polichinelle parviennent à accueillir près de 200 enfants en moyenne par an avec un contingent de 35 places. Une force et un véritable atout pour le quartier de l’Alma où les besoins d’accueil de la petite enfance sont très importants. Fortes d’une équipe de 19 professionnels, les haltes -garderies du Centre Social Alma déploient un projet éducatif ambitieux au service des familles et des besoins du territoire, dont la vocation première est guidée par l’intérêt supérieur de l’enfant. Lumière sur l’action éducative des professionnels de la Petite Enfance au Centre Social Alma !

L’accueil Petite Enfance dans le quartier de l’Alma : un besoin fort pour répondre aux enjeux sociaux du territoire

A Roubaix, comme ailleurs, trouver un mode de garde pour son enfant représente un enjeu aussi important que problématique tant les places sont prisées. Dans le quartier de l’Alma, toutefois, apporter une réponse à ce besoin constitue un enjeu stratégique pour faire progresser l’accompagnement social des familles et favoriser apprentissages et socialisation précoce des enfants.

Une place en crèche : beaucoup de demandes et peu d’élus

59,3% : c’est le taux d’accueil des enfants de moins de 3 ans en 2019 en France, dont 33 % proposées par les assistantes maternelles et 20,9% par les Etablissements d’Accueil des Jeunes Enfants. Avec un tel taux de pression, pas étonnant que le secteur d’activité soit en pleine croissance. Crèches collectives municipales, haltes-garderies, crèches parentales, jardins d’enfants, micro-crèches ou encore établissements multi-accueil : l’offre de service dans le domaine de la Petite Enfance se démultiplie sans parvenir à répondre à l’ensemble des besoins.

Malgré une politique Petite Enfance qui vise à développer l’offre de service pour l’accueil des 0 – 6 ans, obtenir une place en crèche demeure parfois problématique pour certaines familles, plus encore pour celles qui relèvent de situations sociales complexes.

En l’absence de législation sur le sujet, les familles qui ne peuvent financer qu’un nombre limité d’heures de garde figurent encore trop rarement en haut des listes d’attente de structures d’accueil privées dont la pérennité dépend de la viabilité de leur modèle économique.

Le projet Petite Enfance du Centre Social Alma : une réponse aux enjeux socio-économiques du quartier de l’Alma

Les haltes – garderies du Centre Social Alma ont développé une politique d’accueil inconditionnel.

En convention avec la CAF et la ville de Roubaix, les deux haltes – garderies du Centre Social Alma fonctionnent avec la Prestation de Service Unique qui permet d’appliquer une tarification horaire selon les revenus et la composition familiale et autorise les familles à très faibles ressources de bénéficier d’un mode d’accueil petite enfance. On estime en effet à 49 centimes d’euro de l’heure, le tarif médian de  participation financière des familles.

En 2020, ce sont près de 200 enfants qui ont bénéficié de l’accompagnement des professionnels du Centre Social pour un contingent de 35 places : on estime le taux d’occupation à plus de 90% pour une amplitude de 47h30 d’ouverture hebdomadaire. Ce chiffre s’explique par le fait que ces enfants sont majoritairement accueillis de manière partielle (pas tous les jours et pas toute la journée).

Dans les structures Petite Enfance du Centre Social, pas de liste d’attente mais une liste de demandes qui sont soigneusement étudiées par les responsables des deux haltes – garderies. Leur mission : décoder et évaluer l’urgence des besoins afin de s’inscrire au mieux dans l’accompagnement social global des familles. Orientés par la PMI, la CAF ou le CAMSP de Roubaix, certains des parents qui cherchent à inscrire leur enfant en crèche sont parfois dans un parcours d’insertion professionnelle. Ce sont alors souvent les accompagnants socio-professionnels du Centre Social qui ont appuyé leur demande pour leur permettre de reprendre une formation ou d’exercer une activité professionnelle.

Le Centre Social Alma assure une mission d’accompagnement socio-professionnel pour permettre aux personnes les plus éloignées de l’emploi de retrouver le chemin de l’insertion pro. Une réponse de plus aux problématiques des familles du quartier.

Agir dans l’intérêt supérieur de l’enfant : le moteur des professionnels du Centre Social Alma

Dans les deux structures, la philosophie d’accueil est la même : l’intérêt de l’enfant en premier.

Les responsables des deux crèches expliquent ainsi : « Nous recevons toutes les familles qui font une demande d’inscription et nous les écoutons attentivement, et dans leur singularité.»

Préserver l’intérêt de l’enfant, c’est d’abord et parfois leur ouvrir les portes d’un espace sécure : « Il existe parfois des familles du quartier (en particulier des primo-arrivants) qui vivent dans des logements exigus, où il y a beaucoup d’humidité, parfois des champignons, où ça manque de chauffage. Il y a alors urgence à accueillir leurs enfants, le temps que les parents fassent évoluer leur situation et accèdent à un meilleur environnement. »

Préserver l’intérêt de l’enfant, c’est aussi être attentif aux situations personnelles des parents : « Dans le dialogue qu’on engage avec les parents, on peut parfois repérer de vraies situations d’urgence, des parents qui doivent gérer des problématiques sociales tellement complexes qu’ils sont au bord de la rupture. Dans ce cas, accueillir leur enfant, c’est aussi leur permettre de souffler, parfois de se reposer, avoir du temps pour faire des démarches administratives de droit commun et, à terme, s’occuper de leur enfant de manière plus sereine. »

Le maître-mot de l’accueil et de l’accompagnement : la souplesse. Il faut s’adapter aux situations familiales et apporter le soutien nécessaire pour permettre aux parents de trouver leurs propres solutions : « Normalement, les parents doivent apporter les couches et les repas. C’est arrivé qu’on fournisse le repas chaud d’un enfant pendant plusieurs semaines. C’est ce qui a permis à la famille de faire évoluer la situation plus rapidement, sans pression. 1 mois plus tard, ils avaient trouvé un logement et résolu les urgences administratives et financières les plus pressantes. »

Les Haltes – Garderies du Centre Social Alma : Un projet éducatif ambitieux

Fortes d’une équipe de 19 salariés, dont 11 professionnels qualifiés, les haltes – garderies du Centre Social Alma déploient un projet éducatif qui repose sur deux axes :

  • L’accueil et l’accompagnement des enfants dans une visée de socialisation précoce
  • L’accueil et l’accompagnement des familles qu’on implique dans l’animation du projet

Enfants ET parents : l’un ne va pas sans l’autre.

La halte-garderie : un espace de socialisation précoce

Expression graphique, jeux d’imitation ou de construction, éveil sensoriel, sorties en extérieur, découverte et exploration de son environnement, parcours motricité, découverte de livres et de comptines, repas collectifs, développement de l’expression et du langage, travail de gestion et d’expression des émotions, développement des interactions entre adultes et enfants : autant d’activités qui permettent à l’enfant de se développer du point de vue affectif, cognitif, sensoriel et moteur.

L’objectif : l’aider à grandir de manière autonome, à s’épanouir et à s’insérer dans son environnement proche. Et ça marche, comme en témoigne la responsable de la halte-garderie Pimprenelle et Nicolas : « Cela fait plus de 23 ans que je travaille dans le quartier de l’Alma. J’ai assez de recul pour pouvoir dire que parmi les enfants que nous avons accueillis, on compte aujourd’hui des profs de maths ou de français, des cadres d’entreprise, des infirmiers. On associe souvent le quartier de l’Alma à une forme d’échec du point de vue social. Pourtant, il n’y a pas de fatalité. On voit plein d’enfants qui font des études et qui s’en sortent. C’est aussi ça l’Alma. »

La culture pour tous : une ambition portée par le Centre Social Alma, notamment dans le cadre de son dispositif DEMOS qui vise la démocratisation et l’accession à la culture classique pour les enfants du quartier.

Enfants et parents : un projet éducatif pensé pour impliquer les familles

La spécificité du projet éducatif des deux haltes – garderies est de penser « accompagnement global » et de miser sur l’implication des familles. Pour les professionnels, l’enjeu est aussi de mener une action éducative auprès des parents et les encourager à s’investir dans le parcours d’éveil de leur enfant.

Leur méthode ?

  • Multiplier les temps et points de rencontre avec les familles
  • Ouvrir les locaux aux adultes et les faire participer aux activités
  • Transmettre des outils pédagogiques faciles d’accès que les parents peuvent utiliser à domicile avec leurs enfants

« On voit l’enfant mais on pense de manière globale la famille et la parentalité. Il y a un va et vient permanent entre la structure d’accueil et la maison en termes d’outils et de propositions. Nous organisons par exemple des ateliers parents-enfants : à Pimprenelle, on les emmène dans la salle de motricité et on leur montre comment accompagner les enfants dans leur développement. On leur donne des idées de jeux ou d’activités qu’ils peuvent faire à la maison avec des objets du quotidien. A chaque période de vacances scolaires, à Polichinelle, l’enfant repart avec un KIT pédagogique. Dedans il y a des supports pédagogiques, des textes de comptines, des recettes, des idées de jeux et surtout il y a un livret-photo : c’est important car c’est un support de dialogue et de lien entre le parent et l’enfant. A l’espace Kassoumaï, on organise des temps de rencontres pour donner de l’information au niveau éducatif global : on parle sommeil des enfants, comment gérer les crises de larmes, comment sécuriser l’espace pour les tout-petits … Notre travail c’est d’accompagner les enfants mais notre spécificité, c’est de le faire en impliquant les parents, travailler la parentalité et faire en sorte qu’à la maison, les enfants soient sécurisés. »

Pour faciliter cet étayage, les réseaux sociaux et en particulier le compte Facebook du Centre Social Alma, est un outil précieux de transmission : tutos d’activités, vidéos de comptines, idées de recettes … autant de supports pour permettre aux parents de poursuivre le travail éducatif à la maison.

Des professionnels qualifiés : l’arme secrète des haltes -garderies du Centre Social Alma

L’équipe Petite Enfance du Centre Social Alma compte, à ce jour, 19 professionnels dont 5 Educatrices de Jeunes Enfants : un choix permettant à la structure de qualifier ses projets à destination des familles, notamment grâce au soutien financier de la CAF avec son Bonus « Mixité Sociale ».

L’ACI Petite Enfance, quant à lui, représente une véritable chance pour les crèches : les 7 personnes qui y travaillent participent au projet d’établissement, soutiennent l’activité et permettent, en outre, d’organiser des sorties avec un encadrement renforcé.

Venez découvrir ici l’Atelier Chantier d’Insertion Petite Enfance du Centre Social Alma : un dispositif pour permettre à des personnes éloignées de l’emploi d’acquérir une expérience et se qualifier dans le secteur de la Petite Enfance.

L’inscription territoriale des haltes – garderies au cœur du quartier de l’Alma

Implantées respectivement au Nord et au Sud du quartier de l’Alma, les haltes – garderies Polichinelle et Pimprenelle et Nicolas se situent au cœur du quartier, dans une logique de proximité et de lien avec les familles dont elles accompagnent les enfants.

Construire la relation de confiance avec les habitants du quartier

Pour les responsables des haltes – garderies, le lien «c’est la clé de tout». Le lien qui s’est créé au fur et à mesure des années, depuis l’ouverture des structures et par un phénomène de bouche à oreille, se trouve renforcé par la logique d’accueil, d’accompagnement et de collaboration avec les parents propre aux Centre Sociaux. Cette relation de confiance favorise l’accompagnement mené avec les enfants et constitue un levier important pour l’accompagnement social global des familles: «Le lien de confiance que nous avons établi avec les familles, le travail de collaboration que nous menons avec elles, ça permet de faire remonter beaucoup d’informations aux collègues. On peut alors accélérer les parcours d’accompagnement vers l’autonomie, la résolution des problématiques sociales, l’accès aux droits. On croise les savoirs, les compétences et on essaye de travailler dans une logique de transversalité avec nos collègues.»

Collaborer avec les partenaires éducatifs pour l’inclusion et la réussite scolaire

Les deux structures Petite Enfance du Centre Social Alma présentent une particularité : avoir été construites dans la proximité directe de deux écoles maternelles. Polichinelle se situe juste en face de l’école Elsa Triolet tandis que Pimprenelle et Nicolas se trouve directement accolée à l’école Blaise Pascal, partageant même des espaces communs telle que la salle de motricité. Une implantation qui n’a rien d’anodin puisqu’elle permet aux haltes – garderies de participer à la dynamique de scolarisation précoce des enfants développée par la Municipalité, dans le cadre de leur politique de réussite scolaire : «Nos haltes – garderies sont une porte d’entrée vers l’école. Nous essayons de développer notre collaboration avec les partenaires éducatifs afin de familiariser enfants et parents avec l’institution scolaire. A Pimprenelle et Nicolas, nous organisons deux ateliers par semaine à l’occasion desquels les enfants les plus grands vont dans la classe passerelle de l’école pour des activités autour du livre. Nous savons désormais que la scolarisation précoce des enfants réduit le taux d’échec scolaire. Notre travail à nous, c’est aussi de construire les conditions favorables à une inclusion scolaire réussie et épanouie, à la fois pour les enfants et pour les parents. »

S’inscrire dans l’histoire du quartier de l’Alma

Les structures d’accueil Petite Enfance du Centre Social Alma s’inscrivent au cœur du territoire de l’Alma. En ce sens, elles participent à créer et préserver du lien social comme l’illustre l’exemple de la crèche Polichinelle. Construite au même endroit que la résidence autonomie Fontenoy, les professionnelles avaient l’habitude de sortir les enfants sur la petite place attenante. Ils y rencontraient et interagissaient avec les personnes âgées de la résidence. S’inscrire au cœur d’un quartier, c’est aussi s’inscrire au cœur de son histoire, travailler à la transmission de l’histoire familiale à travers celle du quartier: « On a l’habitude de profiter de l’environnement naturel extérieur avec les enfants. Ça permet d’être repéré par les habitants, d’ouvrir les enfants à l’observation de la nature. Ça permet aussi aux familles de se saisir des ressources du quartier et du territoire : par exemple le parc Cassel ou les jardins d’éveil. Ce sont de véritables havres de paix pour les parents. Ce qui est intéressant, c’est qu’une fois sur place, il arrive que les mères se remémorent leur histoire au pays. Elles racontent. Ca développe le lien familial et le lien social. » Ainsi, et comme le conclue si bien la responsable de la halte-garderie Pimprenelle et Nicolas : « On parle souvent de précarité et d’exclusion à propos de l’Alma. Mais le quartier de l’Alma, c’est aussi un brassage des nationalités et des cultures, les anciens qui prennent soin des plus jeunes. Il y a beaucoup de beauté dans le quartier de l’Alma ! »

L’Atelier Chantier d’Insertion Petite Enfance du Centre Social Alma

Le pari gagnant de l’insertion par l’Activité Economique

Assistantes maternelles, animateurs petite-enfance, ATSEM, auxiliaires de puériculture : le secteur de la petite-enfance offre de nombreux débouchés. Il est aussi particulièrement attractif auprès de personnes éloignées de l’emploi depuis plusieurs années. Parmi elles, des femmes et des mères de famille que leurs parcours et expériences ont rendues plus que compétentes pour prendre soin des plus petits. C’est sur la base de ces constats prometteurs que le Centre Social Alma a développé son Atelier Chantier d’Insertion (ACI) Petite Enfance. L’objectif : permettre aux personnes accompagnées d’acquérir à la fois de l’expérience professionnelle et une qualification. Le point sur ce dispositif d’insertion pro avec l’accompagnatrice socio-professionnelle et les deux responsables des haltes garderies du Centre Social Alma

Les Ateliers Chantiers d’Insertion : le double objectif de l’emploi et de la certification

Les personnes accompagnées par les professionnels du Centre Social Alma ne manquent souvent ni d’envie, ni de compétences, ni de ressources. Mais aujourd’hui, sur le marché du travail, pas d’emploi sans qualification.

Définir et confirmer un projet professionnel qualifiant

Le Chantier d’Insertion Petite Enfance est un dispositif du Centre Social Alma qui permet à des personnes éloignées de l’emploi d’acquérir une expérience professionnelle qualifiante tout en s’engageant dans une démarche de formation. A termes, l’objectif est donc d’obtenir une certification dans le domaine de la petite enfance et trouver un emploi à la sortie du dispositif.

Comment en bénéficier ? Explications de l’accompagnatrice socio-professionnelle en charge de l’ACI : « Les personnes que nous accompagnons ont souvent été orientées soit par Pôle Emploi, soit par les partenaires du territoire comme les référents PLIE, soit par nos collègues du Centre Social.»

Le Centre Social est référencé comme une SIAE auprès de Pôle Emploi. Les candidatures sont donc nombreuses mais les places comptées : en 2020, 7 personnes ont signé un contrat dans l’une des deux haltes garderies du Centre Social. Ce sont 10 personnes, en moyenne, qui sont accompagnées chaque année dans le cadre de ce dispositif.

« D’abord, nous organisons un premier entretien de recrutement où nous évaluons la motivation de la personne à reprendre une formation ainsi que la faisabilité du projet par rapport à sa situation personnelle. Les personnes sélectionnées signent un Contrat à Durée Déterminée d’Insertion (CDDI) de 6 mois, renouvelable jusque 24 mois en fonction de son avancée dans le parcours. »

L’objectif d’un CDDI est bien de favoriser l’insertion professionnelle par la mise en place d’un accompagnement personnalisé : « Nous partons vraiment des personnes, de leurs besoins mais aussi de leurs envies. Au fur et à mesure de l’accompagnement, nous confirmons ou infirmons le projet professionnel. Soit les personnes se rendent compte que la petite enfance n’est pas un secteur qui leur convient et alors, nous les réorientons. Soit ça leur plaît, elles ont des compétences et nous entrons alors dans une autre phase de l’accompagnement. »

S’appuyer sur les structures existantes du Centre Social

Comme nous l’expliquent les responsables des haltes-garderies Pimprenelle et Nicolas et Polichinelle, toutes les deux encadrantes techniques pour l’ACI : « Le secteur de la Petite Enfance est un secteur qui recrute énormément. En effet, il y a beaucoup de besoins pour faire garder les enfants mais finalement trop peu de places et une pénurie de personnel qualifié. »

Le Centre Social Alma, quant à lui, possède deux structures d’accueil de ce type et un nombre conséquent de personnel qualifié dans ce domaine. L’idée de ce dispositif est donc de s’appuyer sur les équipements Petite Enfance et les compétences des professionnels du Centre Social pour sensibiliser aux métiers de la petite enfance et faire de ce secteur d’activité un véritable levier d’insertion.

Le Centre Social Alma dispose de plusieurs dispositifs d’insertion professionnelle. Découvrez Synergie Pour l’Avenir des Jeunes, le dispositif à destination des 16 – 29 ans

Une dynamique d’accompagnement global

L’accompagnement mené dans le cadre de l’Atelier Chantier d’Insertion Petite Enfance relève tout d’abord d’un accompagnement social, puis d’un accompagnement à la formation et enfin d’un accompagnement professionnel. L’objectif à la sortie : autonomie dans la recherche d’emploi, qualification et certification sur le CV !

Permettre aux personnes de s’engager pleinement dans leur parcours d’insertion

Le premier frein à lever en matière de retour à l’emploi est celui de la situation personnelle. La personne accompagnée doit être disponible pour s’engager entièrement dans son parcours de formation et d’insertion. L’accompagnatrice socio-professionnelle nous explique : « D’abord, nous devons nous assurer que les questions de garde d’enfant soient réglées. Ensuite, nous apportons notre soutien pour les démarches administratives : quand on devient salarié, ça change les statuts et il faut relayer toutes ces informations à la CAF, la Sécu etc. Enfin, nous travaillons au quotidien pour les faire gagner en confiance : nous pouvons par exemple nous déplacer avec eux auprès des organismes de formation. Ca les rassure et ensuite ils font ça tout seuls. » Finalement, trouver un emploi et devenir salarié oblige les personnes accompagnées à adopter une nouvelle posture. Le rôle de l’accompagnatrice socio-professionnelle est aussi de permettre le développement des savoir-être que la situation impose : « Quand c’est nécessaire, on s’appuie sur les ateliers collectifs menés au sein du Centre pour développer les compétences. Atelier de perfectionnement de la langue, savoir-être au travail, pratique du numérique : ce sont des clés pour les soutenir dans leur parcours d’insertion professionnelle. Ce qu’on vise, c’est qu’elles deviennent autonomes dans leur recherche d’emploi à la sortie de l’ACI. »

Le Centre Social Alma dispose d’une équipe de professionnels qualifiés qui accompagnent au quotidien les personnes allocataires du RSA à trouver le chemin de l’insertion sociale et professionnelle

Permettre aux salariés de se former et d’être certifié

L’une des problématiques les plus importantes pour parvenir à trouver un emploi est souvent celle de la qualification et de la certification. Les personnes accompagnées relèvent de profils très différents : « Les personnes que nous rencontrons n’ont pas toutes le même âge mais surtout, elles n’ont pas toujours le même parcours. L’absence de diplôme n’est pas une règle générale. Nous avons accompagné beaucoup de femmes qui, dans leur pays d’origine, avaient un niveau master et plus en ingénierie, comptabilité, droit, communication … Mais, en France, ces diplômes ne sont pas reconnus. Il faut alors reconstruire le projet de certification. »

C’est l’accompagnatrice socio-professionnelle qui est en charge de la partie formation : « Au bout d’un mois sur le terrain, si le secteur de la petite enfance leur plaît, j’accompagne les personnes dans leur parcours de formation. On identifie la qualification visée, souvent un CAP Accompagnement Educatif Petite Enfance. Ça peut aussi être un diplôme d’auxiliaire de puériculture ou quelque chose dans le domaine de l’animation. Tout dépend du projet, des envies et des compétences. Il s’agit presque toujours d’une formation en alternance. Elles passent alors 1 ou 2 jours en formation et le reste de la semaine en halte-garderie. Dans tous les cas, ce n’est facile pour personne de reprendre une formation à l’âge adulte, quel que soit notre parcours. Il faut donc mener un accompagnement pour :

  • Les démarches administratives auprès des organismes de formation, les demandes de financement
  • Le suivi de ces personnes tout au long de leur parcours et le relais auprès des organismes de formation
  • Le soutien individuel pour leur permettre d’adopter peu à peu une posture d’apprenant. »

Se qualifier en travaillant

Dès qu’elles sont acceptées au sein de l’ACI, les personnes sont immédiatement placées en situation de travail dans l’une des deux haltes-garderies du Centre Social Alma. Ici, ce sont les responsables qui prennent le relais. Les objectifs sont multiples.

En premier lieu, il s’agit de permettre à ces nouveaux salariés de monter en compétences grâce à l’expérience de terrain : « Dès qu’une nouvelle collègue arrive, elle fait immédiatement partie intégrante de l’équipe. Elle participe aux activités comme tout le monde. Accueil des enfants, participation aux repas, aux activités, aux sorties, changes et hygiène, sieste : les salariées en CDDI prennent part à tout. On leur demande aussi de proposer des idées, de prendre des initiatives. L’idée, c’est qu’elles soient dans une réelle posture professionnelle. »

Les personnes en CDDI peuvent alors trouver des soutiens à différents niveaux : « Il y a beaucoup d’appui, de soutien et de transmission à l’interne. Les auxiliaires en puériculture sont de précieux conseils pour tout ce qui concerne l’hygiène et la dimension sanitaire. Les éducatrices, quant à elles, viennent en appui sur la posture à adopter face à un enfant, comprendre comment lui parler et participer à son éveil. Enfin, en ce qui nous concerne, nous essayons de travailler à la valorisation et l’intégration dans l’équipe. »

A terme, ces personnes doivent pouvoir trouver un travail dans n’importe quelle autre structure grâce à l’expérience qu’elles auront acquise et les compétences qu’elles auront développées au sein des haltes- garderies du Centre.

L’accompagnement du Centre Social Alma : un accompagnement personnalisé

Il ne faut cependant pas oublier que les chantiers d’insertion s’adressent à des personnes très éloignées de l’emploi. Pour elles, confiance et relation de proximité sont deux leviers forts de réussite.

La connaissance des publics : un atout pour le retour à l’emploi

L’ACI du Centre Social Alma est pensé comme une démarche globale d’insertion professionnelle : la Petite Enfance est une porte d’entrée mais les professionnelles du Centre Social accompagnent les personnes quelle que soit l’évolution du projet. L’équipe s’accorde sur le sujet : « On est dans une perspective d’accompagnement global. Le champ de la Petite Enfance est tellement large qu’il peut y avoir une multitude de débouchés. Si quelqu’un se rend compte que finalement, il n’aime pas spécialement travailler avec les enfants, il a le droit de dire stop et changer de projet. Dans ce cas, nous essayons de l’orienter autrement. Nous utilisons l’ACI un peu comme un observatoire qui aurait pour vocation de révéler les compétences de chacun. Je me rappelle par exemple d’une dame qui adorait cuisiner pour les enfants et que l’on a fini par réorienter vers un CAP Pâtisserie. Pour favoriser le succès du parcours d’insertion, il est nécessaire d’être à l’écoute et de venir en appui des projets.»

Plus généralement, l’accompagnement de proximité est aussi ce qui permet aux personnes de regagner courage et confiance : « Les personnes que nous accompagnons manquent souvent de confiance en elles pour des raisons différentes. Nous sommes là aussi pour les encourager, les valoriser, leur montrer ce qu’elles sont capables de faire pour qu’elles regagnent la confiance perdue. Il y a parfois un sentiment de déclassement pour des personnes qui occupaient des postes de cadres, ingénieures, formatrices dans leur pays d’origine. Quand il leur est impossible de trouver des équivalents en France, il faut reconstruire l’adhésion à un nouveau projet professionnel et les aider à s’y engager pleinement. »

Découvrez aussi COOP’Manau, la coopérative du Centre Social Alma qui développe des activités économiques avec les personnes les plus éloignées de l’emploi et les accompagne dans la construction de leurs projets professionnels

La force du réseau partenarial

Les professionnelles du Centre Social travaillent avec des partenaires territoriaux parmi lesquels des organismes de formation tels que l’AREP Fresc, le centre de formation du Lycée Camille de Lellis, EIC Formation ou encore ID Formation. La collaboration de longue date entretenue entre ces organismes et les professionnels du Centre Social Alma accélère les démarches d’insertion et de formation. La relation de proximité avec les personnes suivies en CDDI aboutit, quant à elle, à des orientations pertinentes. Et les résultats sont là : en 2020, parmi les 9 personnes qui ont occupé le poste d’aide maternelle, 5 ont validé un CAP AEPE, 2 personnes ont signé un contrat de travail avec un établissement d’accueil du Jeune Enfant et 1 dernière personne poursuit son parcours auprès d’un partenaire du Centre Social.

L’insertion professionnelle des jeunes au Centre Social Alma

L’insertion professionnelle des jeunes : un défi autant qu’une priorité pour le Centre Social Alma qui parie sur la jeunesse et ses ressources pour travailler la question de l’emploi dans le quartier. En 2021, le taux de chômage des 15-24 ans en France est de 21 % mais de 48% dans le quartier de l’Alma à Roubaix. Parce que la bataille de l’emploi se gagne aussi sur le terrain de la jeunesse, le Centre Social Alma s’est lancé dans l’accompagnement renforcé des jeunes les plus éloignés de l’emploi dans le cadre du dispositif Synergie Pour l’Avenir des Jeunes. Depuis la création du dispositif, ce sont 258 jeunes qui ont été accompagnés avec un taux de sorties positives de plus de 70%. Le point sur cette initiative gagnante avec les deux accompagnantes socio-professionnelles en charge de ce dispositif au Centre Social Alma.

accompagnement à l'insertion professionnelle des jeunes

L’insertion professionnelle des jeunes à l’Alma : un enjeu prioritaire et un travail de

Synergie pour l’Avenir des Jeunes est un dispositif cofinancé par la région Hauts de France et l’Union Européenne avec le Fonds Social Européen dans le cadre de L’Initiative pour l’Emploi des Jeunes. Son objectif : lever les freins qui éloignent les jeunes de l’emploi et de la formation et les aider à reconstruire leur projet professionnel.

Un dispositif pour les jeunes les plus éloignés de l’emploi

Synergie pour l’Avenir des Jeunes est un dispositif qui s’adresse aux jeunes NEET (Neither in Employment, nor in Education or Training) autrement dit des jeunes qui ne sont ni à l’emploi, ni en formation ni à l’école. Début 2021, ils étaient 13,1 % en France contre 12,9% en 2019, un chiffre qui se stabilise malgré la crise sanitaire traversée grâce aux nombreuses actions engagées en faveur de l’emploi des jeunes.

Au Centre Social Alma, ce dispositif s’adresse prioritairement à des jeunes de 16 à 29 ans des quartiers de l’Alma et Fosse aux Chênes. Très éloignés de l’emploi, ces jeunes ont souvent été déscolarisés avant d’obtenir une quelconque qualification et ils ont du mal à reconstruire un projet d’avenir, même avec l’aide des structures d’insertion classiques.

La clé de la réussite : reconstruire un projet professionnel

A raison de 14 heures par semaine (sur une durée totale de 4 mois renouvelables 1 fois), ce dispositif d’insertion des jeunes se pense et se déploie comme un accompagnement global : à la fois social et professionnel. L’objectif : travailler l’accès à l’emploi et/ou la formation tout en levant les freins périphériques (comme les questions d’accès aux droits, de santé ou la réalisation de démarches administratives) qui constituent de véritables obstacles pour une entrée sur le marché de l’emploi.

L’insertion socio-professionnelle, ce n’est pas qu’une histoire de jeunes. Chaque jour, les professionnels du Centre Social Alma accompagnent les personnes les plus éloignées de l’emploi pour leur permettre de retrouver le chemin de l’insertion. Découvrez leurs témoignages ici

La priorité n°1 : travailler à l’élaboration du projet personnel et professionnel. Les deux accompagnantes socio-professionnelles en charge du dispositif au Centre Social Alma reçoivent d’abord les jeunes pour un premier rendez-vous diagnostic. Elles apprennent à connaître les personnes qu’elles rencontrent, repèrent leurs compétences, décèlent les envies et les appétences.

Soit les jeunes accueillis n’ont aucun projet professionnel défini. Il faut alors les accompagner dans une démarche de découverte des différents champs professionnels qui correspondent à leur profil. Soit ils ont déjà des ambitions et des projets. Il s’agit alors de tout en mettre en œuvre pour leur permettre de les réaliser.

Les fonds déployés dans le cadre de ce dispositif contribuent à financer ce dont les jeunes ont besoin pour réaliser leurs projets. Tenues vestimentaires de sécurité, abonnement mensuel pour les transports publics, fournitures pour un retour en formation : l’enveloppe annuelle attribuée au dispositif est dispatchée en fonction des besoins et des situations.

La mobilisation des jeunes : un travail de proximité

Selon les accompagnantes socio-professionnelles, il existe différentes formes de repérage et orientation des publics. Il peut s’agir :

  • des animateurs de repérage, mobilisation et remobilisation qui travaillent au quotidien avec les jeunes du quartier ;
  • d’une orientation interne par les autres professionnels du Centre Social qui travaillent avec les familles;
  • d’un partenariat avec d’autres structures d’accompagnement telles que les clubs de prévention comme Horizon 9, le foyer France Horizon ou même l’Aide Sociale à l’Enfance.

L’atout majeur du Centre Social Alma pour l’insertion socio-professionnelle des jeunes reste sa présence sur le territoire et son travail de proximité quotidien avec les habitants du quartier. La relation de confiance établie entre les professionnels du Centre Social et les habitants de l’Alma, leur connaissance des familles et de l’ensemble des riverains : autant de leviers qui permettent aux professionnels de capter plus facilement les publics et les orienter vers le dispositif Synergie pour l’Avenir des Jeunes quand la situation s’y prête.

Recherche d'emploi

L’élaboration du projet personnel : un accompagnement cousu-main pour un retour à l’emploi

Soutenus par les deux accompagnantes socio-professionnelles, les jeunes bénéficient d’un accompagnement renforcé et personnalisé dont l’objectif est de développer l’autonomie du jeune et de construire un projet professionnel réaliste, ambitieux et motivant.

La relation de confiance : un levier pour la construction du projet professionnel

Très souvent, les jeunes accueillis ont envie de travailler mais ils ont quitté l’école assez tôt et n’ont pas été préparés au monde du travail. Sans diplôme, sans emploi, sans formation et parfois, sans idée précise de ce qu’ils pourraient faire, ils ont peu à peu perdu confiance en eux.

L’angle d’attaque choisi par les professionnelles du Centre Social Alma : développer le lien de confiance. Ainsi accompagnent-elles les jeunes dans certaines de leurs démarches extérieures, par exemple pour un premier RDV à Pôle Emploi, dans un Centre de Formation ou à la Mission Locale de Roubaix.

Grâce à leur connaissance des publics, elles peuvent proposer un accompagnement cousu-main et des perspectives de formations ou d’emplois ultra-personnalisées (atouts, expériences et compétences …).

Un véritable travail de coaching professionnel

La philosophie de l’accompagnement au Centre Social Alma : développer l’autonomie du jeune, l’amener à prendre en charge la construction de son projet professionnel ainsi que sa recherche de formation et d’emploi. Pour que les jeunes deviennent pleinement acteurs de leur parcours, ils sont accueillis au 28 rue d’Alsace sans RDV mais sur des temps de permanence. A eux de les mettre à profit.

Après la phase de diagnostic et de levée des freins, les accompagnantes socio-professionnelles du Centre Social fournissent un véritable travail de coaching personnalisé :

  • Travail sur le CV et la lettre de motivation, véritables leviers de valorisation
  • Recherche d’offres d’emploi ou de parcours de formation
  • Préparation orale à des entretiens d’embauche
  • Sensibilisation aux codes du monde du travail

L’accompagnement se base principalement sur l’écoute, l’échange et le dialogue. Les professionnelles y encouragent les jeunes à faire des immersions pour valider ou invalider leurs envies et ainsi retravailler leur projet professionnel ou de formation.

Au Centre Social Alma, on innove en matière d’insertion professionnelle. Découvrez ici Coop’Manau : la coopérative pilotée par le Centre Social qui dynamise le quartier de l’Alma

Coaching personnalisé des jeunes en insertion professionnelle

La collaboration des acteurs de l’emploi au service de la réussite des jeunes

Pas de réussite sans collaboration avec le service public de l’emploi.

Une action complémentaire de celle du service public de l’emploi

Lorsqu’un jeune participe à l’action Synergie pour l’Avenir des Jeunes, il s’inscrit immédiatement à Pôle Emploi et à la Mission Locale de Roubaix. L’objectif : celui de la synergie et de la complémentarité des forces. Quand le Centre Social fournit au jeune un accompagnement personnalisé, les acteurs publics de l’emploi lui offrent, quant à eux, un nombre accru d’opportunités en termes d’emploi et de formation.

Au fur et à mesure de l’accompagnement, les professionnelles du Centre Social apprennent aux jeunes à se familiariser avec ces structures. Grâce au réseau partenarial tissé avec des structures telles que l’AREP Fresc ou Campus Pro, elles facilitent aussi l’accès à la formation.

Le pari de la jeunesse : un pari gagnant

En bout de course, et avec 70 % de sorties positives, le Centre Social Alma peut se féliciter de relever haut la main le pari de l’insertion professionnelles des 16 – 29 ans. Sorties en formation, signature de CDD ou embauche dans des SIAE : les possibilités sont multiples mais elles s’adaptent aux profils des jeunes et prouvent que les ruptures de parcours et le chômage à l’Alma, c’est tout … sauf une fatalité !

L’accompagnement socio-professionnel des personnes allocataires du RSA

Zelika, bénéficiaire de l’accompagnement socio-professionnel du Centre Socal Alma

Les référentes RSA du Centre Social Alma accompagnent, au quotidien, 220 personnes allocataires du RSA pour leur permettre de lever les freins qui les éloignent de l’emploi et reprendre le chemin de l’insertion socio-professionnelle. Interview croisée de trois professionnelles pour mieux comprendre les problématiques des hommes et femmes accompagnés dans le quartier de l’Alma et les actions mises en œuvre pour parvenir à reprendre le chemin de l’emploi et de l’insertion socio-professionnelle.

Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste votre mission en tant que référentes RSA au Centre Social Alma ?

Morgane : Lorsqu’une personne fait une demande de RSA, elle a RDV à la Maison Départementale de l’Insertion et de l’Emploi (la MDIE) dans le mois qui suit sa demande. Elle rencontre alors un professionnel qui définira l’accompagnement dont elle a besoin pour un retour à l’emploi aussi rapide que possible. Il existe aujourd’hui 3 grands types d’accompagnement des personnes allocataires du RSA : un accompagnement social, un accompagnement socio-professionnel et un accompagnement professionnel. Au Centre Social, les référents RSA sont en charge de l’accompagnement socio-professionnel : il s’agit de permettre aux personnes accompagnées de résoudre les difficultés sociales auxquelles elles sont confrontées qui les éloignent de l’emploi et d’engager simultanément des démarches d’insertion sociale et professionnelle. Le travail que nous menons est un travail de longue haleine car les personnes que nous accompagnons au sein du Centre Social sont souvent celles qui sont le plus éloignées de l’emploi, dont les freins sont les plus nombreux et les parcours, complexes.

Fanny : Lorsque nous accompagnons des personnes orientées par le département, nous avons pour mission de les amener à engager les démarches administratives qui leur permettront d’aller vers l’emploi ou la formation. Mais on pourrait dire qu’il s’agit de l’étape finale de notre accompagnement. En réalité, le parcours est plus long et plus complexe pour les personnes qui se présentent au Centre Social : ce sont souvent des personnes qui n’ont jamais travaillé, ou plus depuis longtemps, parce qu’elles ont des parcours complexes et rencontrent des freins multiples à la réinsertion professionnelle. Le cœur de notre mission, c’est donc aussi de créer un lien de proximité avec ces personnes, leur redonner confiance, repérer et valoriser leurs compétences pour changer la représentation qu’ils ont d’eux-mêmes ou du monde de l’emploi. C’est un travail de fond

Lina : « Avant d’avoir mes enfants, je m’en sortais très bien et je ne voyais pas l’utilité d’avoir une voiture. Mais l’arrivée de mes garçons a tout changé. Aujourd’hui, j’ai un projet de formation à l’IFAP pour devenir auxiliaire puéricultrice. Il y a des stages à faire et j’ai besoin du permis. On en a parlé avec ma référente qui a suivi mon projet. Dans la première auto-école où j’ai pris des cours, on me disait que j’étais nulle, que je n’y arriverais jamais. Ma référente m’a dirigée vers une auto-école d’insertion où les moniteurs sont bienveillants. Aujourd’hui, j’ai le code. Il ne me manque plus que la conduite. »

Un accompagnement personnalisé

En quoi consiste l’accompagnement que vous menez auprès des allocataires et comment s’organise-t-il ?

Fatiha : Depuis la réforme législative de 2009 qui a vu le RSA remplacer le RMI, l’accompagnement se fonde sur la notion de « droits et devoirs » du bénéficiaire du RSA. Le droit, c’est bien sûr le versement du Revenu de Solidarité Active qui traduit le droit fondamental de tous les citoyens à disposer de ressources suffisantes pour vivre. Ses devoirs sont l’obligation imposée par la loi d’engager des démarches de réinsertion sociale et/ou professionnelle. C’est dans ce cadre que nous recevons chaque allocataire à l’occasion d’un premier rendez-vous diagnostic à l’issue duquel il sera amené à signer un Contrat d’Engagement Réciproque (un CER). Nous faisons connaissance avec les personnes que nous accompagnons, nous repérons les difficultés auxquelles elles sont confrontées mais nous essayons aussi de mettre à jour les ressources dont elles disposent. On fait un premier travail de sensibilisation et d’information sur les institutions avec lesquelles on travaille et auprès desquelles ils seront amenés à faire des démarches. Et finalement, on établit un premier projet d’insertion qui sera amené à évoluer en fonction du parcours de l’allocataire.

Morgane : Globalement, on dispose de trois modalités d’action. D’une part, l’accompagnement individualisé : c’est notre accompagnement en face à face avec la personne où l’on suit son parcours et on l’oriente. C’est un moment stratégique pour cheminer ensemble vers plus d’autonomie et de prise d’initiative : l’idée c’est vraiment que les allocataires soient de plus en plus autonomes dans leurs démarches administratives, leur recherche d’emploi mais aussi et surtout qu’ils soient impliqués dans leurs démarches d’insertion et engagés dans leurs propres parcours. C’est à ça que sert le Contrat d’Engagement Réciproque mais c’est un travail qui se construit au fil du temps.

Fatiha : Ensuite, on s’appuie le plus souvent possible sur notre partenariat avec des opérateurs d’insertion de proximité tel que Pass’ Entreprises de la MIAE de Tourcoing qui travaille sur l’Insertion Professionnelle. Le Centre Social propose aussi une multitude d’actions collectives vers lesquelles nous orientons les allocataires lorsque la situation s’y prête. Il faut bien comprendre que ces ateliers sont des leviers de progression énormes. D’abord, ce sont des moments où l’on travaille sur beaucoup de savoir-faire mais aussi de savoir-être : évoluer en groupe, pratiquer la langue française couramment, respecter des consignes de sécurité, savoir être à l’heure … autant de compétences qui rapprochent un peu plus l’usager du collectif et du monde de l’emploi. Ensuite, ce sont aussi des moments où l’on est dans une relation moins formelle, où l’on peut plus vite repérer les ressources et les compétences des allocataires. Enfin, ce sont des moments précieux d’échanges d’expérience entre allocataires et professionnels.

Morgane : Enfin, nous orientons les allocataires vers l’ensemble des opérateurs d’insertion et autres partenaires extérieurs qui seront plus à même d’apporter des réponses à certaines problématiques. Il peut s’agir d’auto-écoles agréées, de centres de formation et parfois d’institutions telles que des CMP ou la MDPH lorsque la situation l’exige.

Zelikha : « La première fois, j’étais au Centre Social pour les cours de français. Ensuite, ma référente m’a amenée à la Manufacture pour faire la couture. Je faisais déjà de la couture en Algérie : j’avais un diplôme de couture et broderie. Quelqu’un a vu que je savais faire, il m’a demandé de faire la bénévole à l’école. J’ai beaucoup aimé transmettre la couture aux enfants avec l’institutrice. Après ça, j’ai fait le vestiaire et maintenant je suis très occupée dans la coopérative. J’aimerais faire une formation en couture ici en France : en Algérie on n’a pas appris les techniques des patrons. Et ensuite, je voudrais avoir un travail dans la couture. »

L’accompagnement des allocataires du RSA peut être assuré par différents opérateurs. Qu’est-ce qui fait la spécificité de l’accompagnement mené au Centre Social ?

Fanny : Il s’agit d’un travail qui dépasse le cadre technique et administratif : on ne se contente pas d’orienter, on pense accompagnement global. On prend en compte la personne dans sa globalité, y compris et surtout dans son environnement social, on cherche à comprendre ce qui, dans le parcours personnel, a pu se transformer en contraintes, voire en véritable frein. Ça reste évidemment toujours un accompagnement professionnel mais l’idée est de personnaliser l’approche autant que possible en développant la relation de confiance. C’est d’autant plus important avec des personnes qui présentent des freins multiples à l’emploi.

Le saviez-vous ? Le Centre Social Alma propose aussi un accompagnement aux démarches administratives.
Découvrez l’action des Ecrivains Publics auprès des habitants du quartier de l’Alma.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les allocataires qui les éloignent le plus de l’emploi ?

Fatiha : Je ne sais pas si on peut les hiérarchiser mais il est évident que l’une des premières difficultés est celle des questions de santé. Il s’agit parfois de problématiques invalidantes sur le marché de l’emploi, d’autant plus difficiles à résoudre qu’elles sont parfois installées depuis longtemps dans le parcours des hommes et femmes que nous rencontrons. Je dirais que les situations parentales et/ou familiales peuvent constituer un autre frein : il est difficile pour des mères en charge d’un enfant handicapé d’envisager laisser son enfant pour aller travailler. Derrière cela se pose le problème des représentations : il y a une représentation de l’importance d’une mère au foyer. Il faut d’abord travailler sur ces images pour faire envisager de nouvelles possibilités.

Morgane : La question de la mobilité est aussi un frein important. Heureusement, il peut être facile d’agir dessus et nous y travaillons : amener les habitants du quartier à se déplacer, leur apprendre à se servir des transports en commun, sortir de leur zone de confort, bénéficier de certains tarifs préférentiels, se tourner vers des auto-écoles d’insertion.

Fatiha : La question du logement et celle du budget sont des questions cruciales : lorsqu’on a affaire à une personne qui a des dettes ou qui vit dans un logement insalubre, trop lourd financièrement pour lui, il est absolument nécessaire d’apporter des réponses. Avant d’envisager recommencer une formation ou rechercher un emploi, on pense d’abord à « comment je vais payer mes factures, mon alimentation à la fin du mois ». On ne trouve pas d’emploi non plus si on n’a pas les moyens d’être présentable.

Fanny :Le dernier frein important, c’est sans doute celui des représentations. Si la personne manque de confiance en elle, elle ne se mettra pas dans une posture d’employabilité. Quelqu’un qui a été malmené pendant sa scolarité aura peur de reprendre une formation. Pour certaines personnes, retrouver un travail c’est vraiment un challenge qui semble difficile à relever. Il faut donc absolument travailler sur la plus-value de retrouver un travail.

Lina : « J’ai arrêté mon parcours scolaire très tôt. Je faisais un BAC PRO stylisme mais je n’aimais pas du tout. A cette époque-là je me cherchais et je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie. Je pensais qu’une fois sorti du système, on ne pouvait plus y rentrer. J’étais mal renseignée et mal conseillée. Du coup, je n’ai pas repris de formation tout de suite. Et ensuite j’ai eu mes enfants. Aujourd’hui, grâce au travail avec ma référente, reprendre une formation, ça ne me fait pas peur du tout : ça m’enthousiasme. Ce sera de nouvelles rencontres, de nouveaux visages. J’ai hâte de découvrir tous les lieux de stage et d’apprendre de nouvelles leçons de vie. »

De quelles ressources les personnes accompagnées disposent-elles pour retrouver un emploi ?

Fatiha : D’abord, il est important de rappeler que le lieu commun « allocataire = assisté » est vraiment loin de la réalité. La majorité des personnes qui se présentent au Centre Social aimeraient (re)trouver un emploi mais elles en sont empêchées : par des parcours personnels, des peurs, des difficultés quotidiennes. Quand on ne parle pas français et qu’on le comprend encore difficilement, par exemple, c’est vraiment rédhibitoire sur le marché de l’emploi et ça prend du temps de progresser sur ce point. Quand on a quitté le système scolaire très tôt et qu’on n’a obtenu aucun diplôme, pareil, c’est extrêmement limitant. Pourtant les personnes que nous accompagnons disposent de nombreuses ressources et même de savoir-faire précieux : une mère de famille nombreuse, par exemple, a souvent des compétences organisationnelles extraordinaires. Il nous faut alors trouver le moyen de les valoriser sur le marché de l’emploi et parfois amener les personnes elles-mêmes à en prendre conscience.

Fanny : Au niveau du quartier, je suis aussi frappée par l’entre-aide entre les personnes et le soutien qu’elles s’apportent mutuellement. On peut s’appuyer sur ces liens pour résoudre certaines problématiques, notamment celles liées à la mobilité.

A quel moment pouvez-vous considérer qu’un accompagnement est réussi ?

Morgane : D’un point de vue très pragmatique, on pourrait dire qu’une sortie positive est une sortie vers l’emploi évidemment. Mais

une réussite, en termes d’accompagnement, c’est avant tout une évolution. On ne va pas tous arriver au même endroit parce qu’on ne part tout simplement pas tous du même endroit mais si on avance, si on bouge ses lignes, c’est déjà bien.

Fanny : Sur ce chemin du retour vers l’emploi, il peut y avoir beaucoup d’autres réussites : prendre conscience d’une difficulté médicale et aller faire un bilan de santé, avoir résolu ses problèmes de logement, s’investir dans son logement et se l’approprier, prendre conscience d’une addiction et la soigner, apprendre à laisser son enfant à la cantine ou la garderie. Tout cela, c’est un ensemble de petites victoires qui, mises bout à bout, permettent de redonner confiance à la personne.

Fatiha : Ma plus grande satisfaction c’est de voir évoluer une personne vers plus d’autonomie et d’investissement : quand on la voit se prendre en charge, initier des démarches de manière autonome, s’investir dans des activités collectives, c’est déjà un pas vers l’insertion sociale et professionnelle. Quand une personne a suffisamment changé ses représentations pour se mettre en mouvement, alors elle peut avancer. Les personnes les plus proches de l’emploi sont celles qui ont gagné en mobilité ainsi qu’en compétences organisationnelles et qui sont en capacité de résoudre individuellement des problématiques complexes. A ce moment-là, on passe la main au Conseiller en Insertion Professionnelle. Mais, ça, je crois qu’on en reparle très bientôt !

Zelikha : « Ma référente m’a poussée tout le temps, « tu sais le faire, tu es capable de le faire ». Elle m’a permis d’avoir confiance en moi et elle m’a beaucoup conseillée. Pour les masques pendant la crise : je me sentais fière, en 1 mois on a fait 2200 masques pour les personnes du quartier avec la coopérative. Faire ces activités, ça m’a permis à mieux connaître le quartier, à me déplacer en métro, faire des formations pour la cuisine, l’hygiène. Je voudrais encore faire des progrès dans la maîtrise de la langue, ça me donnera plus confiance : j’ai envie de progresser en français pour échanger même avec gens que je ne connais pas. »

RDV dans quelques jours pour en savoir plus sur l’Insertion Professionnelle au sein du Centre Social Alma

Ecrivains publics : un accompagnement de proximité pour lutter contre l’exclusion

Accompagner les habitants du quartier dans leurs démarches administratives, développer leur autonomie et mener un travail de prévention et de sensibilisation : c’est la mission des écrivains publics du Centre Social Alma

L’enquête statistique conduite par le Défenseur des Droits en 2016 intitulée « Enquête sur l’Accès aux droits. Relations des usagères et usagers avec les services publics : le risque du non-recours » a permis d’établir un nouveau portrait des inégalités vécues en France quant à la question de l’accès aux droits. A ce sujet, les chiffres sont probants : 1 personne sur 5 déclare éprouver des difficultés à accomplir des démarches administratives. Parmi elles, les plus précaires sont aussi les plus touchées. Dans ce contexte, la dématérialisation des services publics a renforcé les inégalités. Pour éviter les situations de non recours et contribuer à rendre accessibles les dispositifs de solidarité nationale, deux écrivains publics interviennent au Centre Social Alma et accompagnent chaque jour les habitants du quartier dans leurs démarches administratives. Lumière sur un métier peu connu du grand public mais dont l’action est essentielle au respect des droits et la lutte contre l’exclusion.

écrivains publics : Accompagnement des démarches administratives

Permettre aux habitants de l’Alma de jouir pleinement de leurs droits

Apprendre à connaître ses droits, utiliser les outils numériques, remplir des formulaires administratifs … autant de démarches qui peuvent sembler anodines et quotidiennes mais qui représentent un véritable obstacle à l’accès aux droits pour des personnes qui ont des difficultés de lecture, d’écriture en langue française ou souffrent de la fracture numérique. Pour les soutenir et leur permettre de dépasser ces obstacles, les écrivains publics du Centre Social Alma accompagnent chaque jour de nombreux habitants du quartier dans l’ensemble de ces démarches.

Ecrivain public : une implantation de longue date à l’Alma

Dans le quartier de l’Alma, la présence des écrivains publics est une histoire de longue date qui nous est racontée par l’une des deux écrivains publics :

« J’ai commencé à être écrivain public dans les années 86 – 87, quand l’activité a débuté. A ce moment-là, j’habitais déjà l’Alma. Au départ, on s’est rendu compte que les habitants avaient des problèmes à régler des factures d’électricité. C’est comme ça qu’ont été créées les assistances administratives, en lien avec le Centre Social et à l’initiative d’une habitante de quartier qui était très investie. Au bout de quelques années, on a bien vu que le besoin était réel et on a voulu étendre l’initiative. C’est comme ça qu’a été mise en place la formation d’écrivain public à Roubaix, pour pouvoir formaliser et étendre cette action.» Le cœur de mission des écrivains publics demeure inchangé depuis : accompagner les habitants de l’Alma qui présentent des difficultés de lecture et d’écriture en langue française, apporter un soutien tout particulier en ce qui concerne les démarches administratives. Derrière cette action, une valeur défendue par les écrivains publics et partagée par l’ensemble des professionnels du Travail Social : permettre à chacun, quels que soient son parcours et sa situation de vie, de jouir pleinement de ses droits de citoyens.

Des démarches administratives indispensables de la vie quotidienne

La seconde intervenante – écrivain public – identifie les démarches administratives les plus courantes pour lesquelles elle accompagne les habitants : « On accueille les habitants du quartier et on les accompagne sur des démarches très diverses. Celles qui sont les plus récurrentes, ce sont souvent le renouvellement des titres de séjour ou des dossiers de CMU, l’actualisation des droits auprès de la CAF, les dossiers à constituer pour les demandes de logement, les déclarations d’impôts … » Il s’agit donc principalement de démarches administratives courantes mais qui correspondent toujours à des droits fondamentaux et grâce auxquelles les usagers peuvent prétendre à une vie digne. C’est sans doute ce pourquoi les écrivains publics jouissent d’une bonne image auprès des usagers : « Ecrivain public, c’est un métier qui est reconnu par les habitants. Evidemment, on les accompagne pour trouver des solutions pratiques. C’est assez valorisant. Même les jeunes ont beaucoup de respect pour nous.»

Une expertise nourrie par une veille permanente

Si l’écrivain public n’est pas identifié comme un travailleur social à proprement parler, il dispose toutefois d’une véritable expertise dans le domaine administratif acquise par l’expérience et nourrie par leur travail de veille permanente. La coordinatrice du pôle Adultes et Familles du Centre Social Alma nous explique : « Les deux écrivains publics qui interviennent au Centre Social connaissent vraiment les dispositifs de l’administration publique. Elles ont acquis une telle connaissance dans le domaine qu’on peut les qualifier d’expertes. C’est ce qui leur permet de rendre accessible cette culture de la démarche administrative, démystifier le flou et les craintes que cela peut susciter mais aussi aller toujours plus loin dans la recherche des réponses. Grâce à leur pratique et leurs années d’expérience, elles ont aussi développé un réseau partenarial assez étendu qui leur permet d’avoir des personnes référentes dans toutes les administrations vers qui se tourner et sur lesquelles s’appuyer quand les personnes rencontrent des difficultés. » Avec les changements de lois, l’évolution des dispositifs de droit commun et les réformes des démarches à effectuer, un travail de veille et d’actualisation de leurs connaissances est absolument indispensable pour délivrer un accompagnement de qualité : « Il ne faut jamais rester sur ses acquis. Alors on regarde les actualités, on s’échange des informations, on fait des recherches sur internet : c’est vraiment nécessaire pour être au fait de ce à quoi les usagers sont confrontés et de ce qu’ils doivent faire comme démarche pour bénéficier de leurs droits. Par ailleurs, avec le temps, on a fini par être identifiés auprès des partenaires institutionnels. Ça, c’est vraiment important parce que ça nous permet d’obtenir des réponses beaucoup plus rapidement. » A terme, cette connaissance fine des différents dispositifs de droit commun est aussi ce qui leur permet de passer le relais et orienter les habitants vers d’autres interlocuteurs plus à même de répondre à leurs problématiques.

écrivains public : un accompagnement vers l'autonomie

Un accompagnement vers l’autonomie

Accompagner les habitants du quartier dans l’élaboration et le suivi de leurs démarches administratives est une façon de répondre aux besoins. Toutefois, les écrivains publics n’ont pas pour vocation de « faire à la place de » mais bien de s’appuyer sur les compétences des usagers et développer leur autonomie pour leur permettre de redevenir acteur de leur parcours et rentrer en pleine possession de leurs ressources.

« Faire avec » et non pas « faire à la place de »

Un des défis auxquels les écrivains publics sont confrontés est celui de la méthodologie d’accompagnement. Il est parfois facile et même tentant de « faire » l’ensemble de ces démarches « à la place de » l’usager, ce qui représente très souvent un gain de temps considérable. Toutefois, l’objectif premier de l’action des écrivains publics comme de celui des professionnels avec lesquels elles évoluent est de développer l’insertion des personnes accompagnées dans le tissu social et par conséquent leur autonomie. (Re)donner à ces personnes les ressources pour gérer leur vie seules, développer leur pouvoir d’agir : une philosophie qui sous-tend l’action du travail social et que l’on retrouve dans le quotidien et les pratiques des écrivains publics. Selon la coordinatrice du pôle Adultes et Familles : « Les écrivains publics sont là pour accompagner et apporter des réponses aux besoins mais dans l’idéal, les usagers doivent pouvoir trouver leurs propres réponses. Elles doivent donc se servir de la relation comme d’un levier pour procéder à un travail éducatif, acquérir et diffuser du savoir et des compétences. Néanmoins, dans certains cas l’autonomie ne peut s’acquérir complètement qu’à la suite d’un travail collégial sur la « levée des freins ». Certains habitants font face à des problématiques sociales qui ne leur permettent pas d’être entièrement autonomes dans la gestion de leurs démarches administratives. Il convient dans ce cas de les accompagner dans « le faire pour ».

Montrer et apprendre à faire

Apprendre à se servir des outils numériques, mettre en place des routines administratives, apprendre à gérer un planning et anticiper des déclarations, se familiariser avec les dispositifs de droits publics : les savoirs à diffuser auprès des usagers sont très diversifiés. « On travaille beaucoup par l’exemple, la répétition. On va sur un ordi, on leur montre comment faire telle ou telle déclaration. On leur montre 1 fois, 2 fois, on les encourage pour qu’ils finissent par le faire seul. Il y a une dame que je suis ici depuis de nombreuses années. Au départ, je rédigeais les chèques à sa place. A chaque fois, je lui montrais comment faire. Aujourd’hui, elle fait ses chèques toute seule. C’est vraiment ça l’idée ! » Un travail qui paye si on en croit le témoignage d’Amel M. : « Au départ, je suis venue ici pour la garderie. On m’a parlé des écrivains et ça m’a intéressée parce que je venais d’Algérie et après ma séparation, je me suis retrouvée un peu seule : il y avait beaucoup de choses que je ne savais pas faire et que je ne connaissais pas. La personne qui a travaillé avec moi m’a appris à faire ma déclaration d’impôt, elle m’a aidée dans le suivi de mon dossier juridique pour la séparation. Elle a fait les demandes de logement avec moi. Aujourd’hui, je fais presque tout toute seule, même pour le renouvellement de mon titre de séjour. Mais je continue à venir pour faire vérifier tout ça, pour être rassurée quoi. »

Tenir compte de la réalité des usagers et adapter son accompagnement

Mais la mission des écrivains publics se heurte très souvent à la réalité des publics accompagnés, aux discriminations qui frappent les personnes les plus précaires et les éloignent de l’accès aux droits. L’une des deux intervenantes nous décrit un peu plus les profils et les obstacles rencontrés par les personnes qu’elle accompagne : « Il y a des personnes pour qui « faire seul », c’est presque impossible. La première difficulté c’est la question de la langue, que ce soit pour la lecture, la compréhension comme pour l’écriture. Quand quelqu’un parle à peine français, il ne comprend pas les courriers administratifs qu’il reçoit. Il faut les lui lire et les lui expliquer. Remplir des dossiers, écrire des courriers destinés aux administrations, pareil, ça ne peut pas se faire seul. Avec la dématérialisation des administrations et des services, le numérique c’est un vrai problème et une source de discrimination : il y a des personnes, en particulier les plus âgées, qui ne savent pas s’en servir. Il y a en a d’autres qui n’ont pas les moyens d’avoir le matériel nécessaire ou une connexion. Avant la période du Covid on a essayé de développer des ateliers collectifs sur l’écriture ou la connaissance des dispositifs. Notre prochaine ambition, c’est le numérique. Mais ça reste parfois difficile de mobiliser les personnes. Apprendre aux gens à savoir se débrouiller, c’est bien. Mais il faut aussi savoir tenir compte des réalités de chacun pour ne pas les décourager. » Selon la coordinatrice du pôle Adultes et Familles, la réponse se trouve du côté de l’adaptation et de la posture : « Viser l’autonomie complète pour chacune des personnes que l’on accompagne, ce n’est pas systématique. Ce qui compte c’est la posture, la dynamique et le mouvement : les gens entrent au Centre Social en partant d’un point A et on doit les faire cheminer vers un point B. Le point d’arrivée ne peut pas être le même pour tout le monde mais ce qui est important c’est le cheminement et l’idée qu’ils ont les ressources pour avancer et progresser. »

écrivains public : une relation de confiance et de proximité

Une relation de confiance et de proximité

Que l’accompagnement soit sporadique ou au contraire de longue durée, un seul mot d’ordre : être à l’écoute, mettre en confiance, créer du lien.

S’appuyer sur le lien et la confiance pour travailler l’insertion

Le cœur de métier de l’écrivain public repose vraiment sur l’écoute. C’est en écoutant qu’elles parviennent à créer ce lien de proximité avec les personnes accompagnées et entrer au cœur de leur intimité. L’écoute est le premier pas vers l’insertion : il permet aux usagers de se sentir « entendus » et inclus dans un collectif qui les considère, les respecte en tant qu’individus et les soutient dans leur parcours et leurs difficultés. « Dans le quartier de l’Alma, les habitants peuvent être confrontés à une certaine forme de précarité et rencontrer des problèmes d’emploi, de logements … Parfois les gens viennent seulement pour parler. Et nous, tout ce qu’on peut faire à part orienter, c’est écouter.  Mais écouter c’est bien aussi. C’est dire à l’autre qu’il est quelqu’un pour nous, que ce qu’il vit compte. Et puis écouter, entendre les histoires familiales ou de voisinage, c’est ce qui permet de prendre la température du quartier. » D’une certaine manière, l’écoute prodiguée par les écrivains publics est un premier ciment du tissu social. Elle doit toutefois se faire « à bonne distance », c’est-à-dire celle qui permet à l’écrivain public de ne pas se laisser emporter par les émotions qui peuvent le mettre à l’épreuve et parfois constituer un obstacle à l’accompagnement.

S’appuyer sur l’écoute pour trouver les réponses adaptées

Cette écoute attentive est aussi ce qui permet aux écrivains publics de procéder à une analyse plus fine des situations de vie, soulever des problématiques parfois non identifiées par les usagers eux-mêmes et y apporter des réponses appropriées, notamment en orientant vers d’autres professionnels du Centre Social Alma ou vers des partenaires extérieurs. La réponse appropriée, c’est parfois une réponse négative aux demandes des habitants, faire comprendre qu’avoir des droits ce n’est pas avoir droit à tout et que ces droits s’accompagnent de devoirs.

Se servir du lien comme d’un levier de prévention et de sensibilisation

La confiance établie entre habitants du quartier et écrivains publics est enfin ce qui permet à ces derniers de se faire entendre et de sensibiliser à un certain nombre de sujets : « Je sais tout ce qui se passe dans le quartier. Comme je connais bien les gens, je peux me permettre de dire à tel ou tel parent que j’ai vu son enfant à l’extérieur plutôt qu’à l’école. Je peux aussi en parler à mes collègues, échanger les informations pour croiser nos compétences. Si je travaille sur le paiement d’une amende, j’explique que prendre les transports en commun implique de payer les titres de transports, que c’est comme ça que ça fonctionne. » Un travail éducatif du quotidien, en somme, qui permet de progresser vers l’insertion, entretenir le lien social et parfois prévenir certains dangers. Chantal D., suivie depuis de nombreuses années au Centre Social nous explique ce que cela lui a appris : « Elle m’a vraiment appris beaucoup de choses. Une fois, par exemple, j’avais souscrit un contrat pour l’électricité : bon, elle m’a bien expliqué qu’il fallait parfois se méfier du démarchage sauvage comme ça. Elle m’a aidée à résilier ce contrat qui engageait des frais et maintenant, je suis plus méfiante, plus attentive. »

L’accompagnement à la scolarité : agir ensemble pour mieux accompagner

Grâce à l’Accompagnement à la Scolarité, les professionnels du Centre Social apportent support et ressources aux parents pour leur permettre de soutenir et aider leurs enfants dans leur parcours scolaire.

Quatre fois par semaine, les professionnels du pôle Enfance du Centre Social de l’Alma accueillent les enfants du CP au CM2 ainsi que leurs parents dans le cadre de l’Accompagnement à la Scolarité. Enfants et familles sont accompagnés pour parvenir à résoudre et dépasser les blocages rencontrés pendant la scolarité. Temps d’accueil et d’expression libre, aide méthodologique, ateliers culturels, les professionnels du Centre Social œuvrent en collaboration avec les familles, les parents, les écoles de quartier et leurs équipes pédagogiques pour lutter contre le retard scolaire et développer le goût d’apprendre. Surmonter ses difficultés, devenir autonome dans son travail et curieux d’apprendre, développer confiance en soi et expression personnelle, aider et suivre la scolarité de son enfant : tout cela est possible. On vous explique comment.

Offrir à chacun, enfants et parents, les clés de la réussite scolaire

Le parcours scolaire de chaque enfant est déterminant pour son avenir personnel autant que citoyen. Lorsque cette scolarité se trouve empêchée, compliquée ou problématique, il convient d’accompagner les parents à soutenir leurs enfants dans leur parcours et leur apporter l’aide dont ils auront besoin pour prendre le chemin de la réussite scolaire.

L’égalité des chances à l’école : plus qu’une ambition, un projet

L’Accompagnement à la Scolarité désigne « l’ensemble des actions visant à offrir l’appui et les ressources dont les enfants ont besoin pour réussir à l’école » et dont ils ne disposent pas toujours dans le cadre familial et/ou social pour différentes raisons. L’ambition, au Centre Social de l’Alma comme dans tous les lieux où l’Accompagnement à la Scolarité est mis en œuvre, est de permettre à l’enfant, quels que soient son niveau, ses compétences et ses ressources, de s’intégrer dans sa classe et son école, dépasser ses difficultés scolaires, se mettre en situation d’apprentissage et devenir l’acteur de son parcours scolaire.

Pour ce faire, l’enjeu majeur de l’Accompagnement à la Scolarité est de placer le parent et la famille au centre du dispositif afin qu’ils prennent leur place comme référent et soutien de leurs enfants.

Les objectifs de l’Accompagnement à la Scolarité

Dépassant de loin le cadre de l’aide aux devoirs, l’Accompagnement à la Scolarité est un dispositif plus vaste qui se fixe pour objectifs de :

  • Amener les parents et familles à suivre la scolarité de leurs enfants et leur apporter aide et soutien,
  • Développer l’autonomie de l’élève dans la mise au travail et les apprentissages,
  • Apporter un soutien méthodologique concernant les fondamentaux tels que la maîtrise de la langue (écrite ou orale), la mémorisation, l’organisation de son travail et la gestion de son matériel,
  • Apprendre et intégrer les codes de la scolarité et du vivre ensemble au sein de l’institution scolaire,
  • Enrichir la culture personnelle de l’enfant et développer sa curiosité ainsi que le plaisir d’apprendre,
  • Développer confiance et estime de soi chez les enfants comme leurs parents.

La scolarité c’est l’affaire de tous

« Ensemble, on va plus loin ». Telle pourrait être la devise du Centre Social de l’Alma qui place les parents au cœur de son action, inscrit l’Accompagnement à la Scolarité dans le cadre du dispositif Liaison Ecole Famille Quartier (LFEQ) et s’appuie sur l’expertise croisée de l’ensemble des acteurs de l’environnement proche de l’enfant pour fonder son action.

Premier enjeu de l’Accompagnement à la Scolarité : Impliquer les parents

En matière d’accompagnement, l’un des facteurs les plus aidants demeure l’implication des parents : plus le parent suit et soutient la scolarité de son enfant, plus efficace sera l’accompagnement.

Au Centre Social de l’Alma, la collaboration avec les parents et la famille fait partie intégrante de l’action des professionnels. Dans le cadre de l’Accompagnement à la Scolarité, les parents sont amenés à intervenir à différents niveaux.

Ils peuvent tout d’abord participer à l’accompagnement lui-même en collaboration avec les animateurs. Certains d’entre eux prennent part aux projets développés dans le cadre des ateliers culturels.

Les professionnels échangent aussi avec les parents à l’occasion de temps forts organisés avant chaque période de vacances. Objectif : faire le point sur l’action engagée auprès des enfants mais aussi sensibiliser les parents à la nécessité d’encourager et accompagner. Parfois, une parole suffit à soutenir son enfant dans son parcours.

Le café des parents qui a lieu au Pôle Enfance, 7 rue de France, réunit parents et animateurs pour des discussions libres et ouvertes sur des sujets éducatifs divers comme : le sommeil, les appareils connectés, One Pocket ENT Primaire, le harcèlement scolaire …

Un travail en partenariat avec les écoles de quartier

L’Accompagnement à la Scolarité se fonde aussi sur la collaboration entre le Centre Social de l’Alma et les 4 écoles de quartier et plus particulièrement l’école Elsa Triolet, l’école Blaise Pascal et l’école Voltaire Diderot ainsi que l’école privée Saint Augustin.

Animateurs du Centre Social et membres des équipes pédagogiques communiquent régulièrement dans le cadre de dispositifs croisés tels que la Commission Ecole – Quartier qui réunit l’ensemble des acteurs éducatifs (animateurs du Centre Social, instituteurs.rices, directeurs, psychologues …).

Ils élaborent et définissent les objectifs de l’Accompagnement à la Scolarité en s’appuyant sur leur expertise respective et leur connaissance de l’enfant et de son environnement familial et social.

Ces échanges réguliers permettent à chacun des acteurs d’adapter et de faire évoluer leur accompagnement en fonction des besoins, difficultés, problématiques mais aussi compétences et ressources repérées.

Le choix d’une pédagogie active et ludique

Au Centre Social de l’Alma, « plaisir » et « autonomie » sont mis au service de la réussite scolaire.

Réussir, oui … mais comment?

Pour atteindre au mieux cet objectif, les professionnels du Centre Social ont misé sur la connaissance des publics (enfants mais aussi environnement familial) et l’individualisation des accompagnements. Les enfants, répartis en deux groupes de 12 maximum, sont pris en charge par deux animateurs.

Si l’accueil est collectif, le suivi est quant à lui adapté à chacun des enfants avec lequel on construit une relation de confiance mutuelle. Il s’agit, pour les professionnels du Centre Social de l’Alma, d’apprendre à connaître les élèves avec lesquels ils travaillent pour identifier leurs difficultés, leurs besoins et y répondre en s’adaptant à leur environnement, leur rythme et leurs problématiques.

A raison de quatre séances d’environ 1h30 par semaine, l’accompagnement s’organise en trois temps distincts :

  • Un premier temps d’accueil pour faire une pause après la journée d’école, s’exprimer librement sur son ressenti, créer du lien avec les animateurs mais aussi avec ses camarades
  • Un second temps d’aide méthodologique. Apprendre à apprendre, s’exprimer à l’oral, mémoriser, gérer son matériel, lire son agenda, répartir son travail : autant de compétences fondamentales dont les élèves auront besoin tout au long de leur parcours scolaire, quel que soit leur niveau
  • Un troisième temps est dédié aux ateliers culturels qui visent à enrichir la culture personnelle de l’enfant et développer la confiance en soi.

Apprendre en s’amusant

Partant du principe qu’il ne peut y avoir de réussite sans envie, les professionnels du Centre Social cherchent à développer chez l’enfant le plaisir d’apprendre, lire et découvrir.

Ils misent pour cela sur une pédagogie ludique et utilisent le jeu comme support d’apprentissage. Du jeu de société « Le Ptit Bac », aux jeux de manipulation comme les Kapla, en passant par le boulier ou les dominos (pour les calculs), le scrabble (pour travailler l’orthographe) ou le kaléidoscope (mémorisation, observation), la créativité de l’équipe est mise au service des enfants et de leurs progrès.

Redevenir l’acteur de ses apprentissages

Accompagner les enfants vers plus d’épanouissement et de réussite à l’école, c’est aussi faire en sorte de les (re)mettre en position d’acteur de leur propre parcours. Dans cette perspective, l’objectif des animateurs est :

  • d’amener petit à petit les enfants vers toujours plus d’autonomie dans la gestion et la réalisation de leur travail,
  • mais aussi de les aider à s’investir dans leur scolarité, c’est-à-dire en cours et au sein du groupe (classe ou école).

Pour cela, les professionnels s’appuient sur une pédagogie active qui parie sur la culture et les projets et fait la part belle à l’expression personnelle. Sur les thèmes Sciences, Théâtre, Arts Plastiques, Environnement, Technologies du Numériques les animateurs accompagnent les enfants dans la réalisation de projets aussi amusants que passionnants.

En 2020, les enfants accompagnés par les professionnels du Centre Social de l’Alma ont ainsi pu réaliser de nombreuses expériences scientifiques sur l’air et l’eau, participer à des ateliers théâtre en partenariat avec la Compagnie TOUS AZIMUTS ou se familiariser avec l’art abstrait et exposer leurs petites œuvres dans le hall du Centre Social.

Après une période particulièrement difficile à cause du contexte sanitaire, les professionnels reprennent l’Accompagnement à la Scolarité en présentiel et reconstruisent petit à petit le lien avec parents et enfants. L’objectif : s’appuyer sur les ressources croisées des parents, des acteurs éducatifs et des enfants pour cheminer vers la réussite scolaire.