L’insertion professionnelle des jeunes au Centre Social Alma

L’insertion professionnelle des jeunes : un défi autant qu’une priorité pour le Centre Social Alma qui parie sur la jeunesse et ses ressources pour travailler la question de l’emploi dans le quartier. En 2021, le taux de chômage des 15-24 ans en France est de 21 % mais de 48% dans le quartier de l’Alma à Roubaix. Parce que la bataille de l’emploi se gagne aussi sur le terrain de la jeunesse, le Centre Social Alma s’est lancé dans l’accompagnement renforcé des jeunes les plus éloignés de l’emploi dans le cadre du dispositif Synergie Pour l’Avenir des Jeunes. Depuis la création du dispositif, ce sont 258 jeunes qui ont été accompagnés avec un taux de sorties positives de plus de 70%. Le point sur cette initiative gagnante avec les deux accompagnantes socio-professionnelles en charge de ce dispositif au Centre Social Alma.

accompagnement à l'insertion professionnelle des jeunes

L’insertion professionnelle des jeunes à l’Alma : un enjeu prioritaire et un travail de

Synergie pour l’Avenir des Jeunes est un dispositif cofinancé par la région Hauts de France et l’Union Européenne avec le Fonds Social Européen dans le cadre de L’Initiative pour l’Emploi des Jeunes. Son objectif : lever les freins qui éloignent les jeunes de l’emploi et de la formation et les aider à reconstruire leur projet professionnel.

Un dispositif pour les jeunes les plus éloignés de l’emploi

Synergie pour l’Avenir des Jeunes est un dispositif qui s’adresse aux jeunes NEET (Neither in Employment, nor in Education or Training) autrement dit des jeunes qui ne sont ni à l’emploi, ni en formation ni à l’école. Début 2021, ils étaient 13,1 % en France contre 12,9% en 2019, un chiffre qui se stabilise malgré la crise sanitaire traversée grâce aux nombreuses actions engagées en faveur de l’emploi des jeunes.

Au Centre Social Alma, ce dispositif s’adresse prioritairement à des jeunes de 16 à 29 ans des quartiers de l’Alma et Fosse aux Chênes. Très éloignés de l’emploi, ces jeunes ont souvent été déscolarisés avant d’obtenir une quelconque qualification et ils ont du mal à reconstruire un projet d’avenir, même avec l’aide des structures d’insertion classiques.

La clé de la réussite : reconstruire un projet professionnel

A raison de 14 heures par semaine (sur une durée totale de 4 mois renouvelables 1 fois), ce dispositif d’insertion des jeunes se pense et se déploie comme un accompagnement global : à la fois social et professionnel. L’objectif : travailler l’accès à l’emploi et/ou la formation tout en levant les freins périphériques (comme les questions d’accès aux droits, de santé ou la réalisation de démarches administratives) qui constituent de véritables obstacles pour une entrée sur le marché de l’emploi.

L’insertion socio-professionnelle, ce n’est pas qu’une histoire de jeunes. Chaque jour, les professionnels du Centre Social Alma accompagnent les personnes les plus éloignées de l’emploi pour leur permettre de retrouver le chemin de l’insertion. Découvrez leurs témoignages ici

La priorité n°1 : travailler à l’élaboration du projet personnel et professionnel. Les deux accompagnantes socio-professionnelles en charge du dispositif au Centre Social Alma reçoivent d’abord les jeunes pour un premier rendez-vous diagnostic. Elles apprennent à connaître les personnes qu’elles rencontrent, repèrent leurs compétences, décèlent les envies et les appétences.

Soit les jeunes accueillis n’ont aucun projet professionnel défini. Il faut alors les accompagner dans une démarche de découverte des différents champs professionnels qui correspondent à leur profil. Soit ils ont déjà des ambitions et des projets. Il s’agit alors de tout en mettre en œuvre pour leur permettre de les réaliser.

Les fonds déployés dans le cadre de ce dispositif contribuent à financer ce dont les jeunes ont besoin pour réaliser leurs projets. Tenues vestimentaires de sécurité, abonnement mensuel pour les transports publics, fournitures pour un retour en formation : l’enveloppe annuelle attribuée au dispositif est dispatchée en fonction des besoins et des situations.

La mobilisation des jeunes : un travail de proximité

Selon les accompagnantes socio-professionnelles, il existe différentes formes de repérage et orientation des publics. Il peut s’agir :

  • des animateurs de repérage, mobilisation et remobilisation qui travaillent au quotidien avec les jeunes du quartier ;
  • d’une orientation interne par les autres professionnels du Centre Social qui travaillent avec les familles;
  • d’un partenariat avec d’autres structures d’accompagnement telles que les clubs de prévention comme Horizon 9, le foyer France Horizon ou même l’Aide Sociale à l’Enfance.

L’atout majeur du Centre Social Alma pour l’insertion socio-professionnelle des jeunes reste sa présence sur le territoire et son travail de proximité quotidien avec les habitants du quartier. La relation de confiance établie entre les professionnels du Centre Social et les habitants de l’Alma, leur connaissance des familles et de l’ensemble des riverains : autant de leviers qui permettent aux professionnels de capter plus facilement les publics et les orienter vers le dispositif Synergie pour l’Avenir des Jeunes quand la situation s’y prête.

Recherche d'emploi

L’élaboration du projet personnel : un accompagnement cousu-main pour un retour à l’emploi

Soutenus par les deux accompagnantes socio-professionnelles, les jeunes bénéficient d’un accompagnement renforcé et personnalisé dont l’objectif est de développer l’autonomie du jeune et de construire un projet professionnel réaliste, ambitieux et motivant.

La relation de confiance : un levier pour la construction du projet professionnel

Très souvent, les jeunes accueillis ont envie de travailler mais ils ont quitté l’école assez tôt et n’ont pas été préparés au monde du travail. Sans diplôme, sans emploi, sans formation et parfois, sans idée précise de ce qu’ils pourraient faire, ils ont peu à peu perdu confiance en eux.

L’angle d’attaque choisi par les professionnelles du Centre Social Alma : développer le lien de confiance. Ainsi accompagnent-elles les jeunes dans certaines de leurs démarches extérieures, par exemple pour un premier RDV à Pôle Emploi, dans un Centre de Formation ou à la Mission Locale de Roubaix.

Grâce à leur connaissance des publics, elles peuvent proposer un accompagnement cousu-main et des perspectives de formations ou d’emplois ultra-personnalisées (atouts, expériences et compétences …).

Un véritable travail de coaching professionnel

La philosophie de l’accompagnement au Centre Social Alma : développer l’autonomie du jeune, l’amener à prendre en charge la construction de son projet professionnel ainsi que sa recherche de formation et d’emploi. Pour que les jeunes deviennent pleinement acteurs de leur parcours, ils sont accueillis au 28 rue d’Alsace sans RDV mais sur des temps de permanence. A eux de les mettre à profit.

Après la phase de diagnostic et de levée des freins, les accompagnantes socio-professionnelles du Centre Social fournissent un véritable travail de coaching personnalisé :

  • Travail sur le CV et la lettre de motivation, véritables leviers de valorisation
  • Recherche d’offres d’emploi ou de parcours de formation
  • Préparation orale à des entretiens d’embauche
  • Sensibilisation aux codes du monde du travail

L’accompagnement se base principalement sur l’écoute, l’échange et le dialogue. Les professionnelles y encouragent les jeunes à faire des immersions pour valider ou invalider leurs envies et ainsi retravailler leur projet professionnel ou de formation.

Au Centre Social Alma, on innove en matière d’insertion professionnelle. Découvrez ici Coop’Manau : la coopérative pilotée par le Centre Social qui dynamise le quartier de l’Alma

Coaching personnalisé des jeunes en insertion professionnelle

La collaboration des acteurs de l’emploi au service de la réussite des jeunes

Pas de réussite sans collaboration avec le service public de l’emploi.

Une action complémentaire de celle du service public de l’emploi

Lorsqu’un jeune participe à l’action Synergie pour l’Avenir des Jeunes, il s’inscrit immédiatement à Pôle Emploi et à la Mission Locale de Roubaix. L’objectif : celui de la synergie et de la complémentarité des forces. Quand le Centre Social fournit au jeune un accompagnement personnalisé, les acteurs publics de l’emploi lui offrent, quant à eux, un nombre accru d’opportunités en termes d’emploi et de formation.

Au fur et à mesure de l’accompagnement, les professionnelles du Centre Social apprennent aux jeunes à se familiariser avec ces structures. Grâce au réseau partenarial tissé avec des structures telles que l’AREP Fresc ou Campus Pro, elles facilitent aussi l’accès à la formation.

Le pari de la jeunesse : un pari gagnant

En bout de course, et avec 70 % de sorties positives, le Centre Social Alma peut se féliciter de relever haut la main le pari de l’insertion professionnelles des 16 – 29 ans. Sorties en formation, signature de CDD ou embauche dans des SIAE : les possibilités sont multiples mais elles s’adaptent aux profils des jeunes et prouvent que les ruptures de parcours et le chômage à l’Alma, c’est tout … sauf une fatalité !

L’accompagnement socio-professionnel des personnes allocataires du RSA

Zelika, bénéficiaire de l’accompagnement socio-professionnel du Centre Socal Alma

Les référentes RSA du Centre Social Alma accompagnent, au quotidien, 220 personnes allocataires du RSA pour leur permettre de lever les freins qui les éloignent de l’emploi et reprendre le chemin de l’insertion socio-professionnelle. Interview croisée de trois professionnelles pour mieux comprendre les problématiques des hommes et femmes accompagnés dans le quartier de l’Alma et les actions mises en œuvre pour parvenir à reprendre le chemin de l’emploi et de l’insertion socio-professionnelle.

Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste votre mission en tant que référentes RSA au Centre Social Alma ?

Morgane : Lorsqu’une personne fait une demande de RSA, elle a RDV à la Maison Départementale de l’Insertion et de l’Emploi (la MDIE) dans le mois qui suit sa demande. Elle rencontre alors un professionnel qui définira l’accompagnement dont elle a besoin pour un retour à l’emploi aussi rapide que possible. Il existe aujourd’hui 3 grands types d’accompagnement des personnes allocataires du RSA : un accompagnement social, un accompagnement socio-professionnel et un accompagnement professionnel. Au Centre Social, les référents RSA sont en charge de l’accompagnement socio-professionnel : il s’agit de permettre aux personnes accompagnées de résoudre les difficultés sociales auxquelles elles sont confrontées qui les éloignent de l’emploi et d’engager simultanément des démarches d’insertion sociale et professionnelle. Le travail que nous menons est un travail de longue haleine car les personnes que nous accompagnons au sein du Centre Social sont souvent celles qui sont le plus éloignées de l’emploi, dont les freins sont les plus nombreux et les parcours, complexes.

Fanny : Lorsque nous accompagnons des personnes orientées par le département, nous avons pour mission de les amener à engager les démarches administratives qui leur permettront d’aller vers l’emploi ou la formation. Mais on pourrait dire qu’il s’agit de l’étape finale de notre accompagnement. En réalité, le parcours est plus long et plus complexe pour les personnes qui se présentent au Centre Social : ce sont souvent des personnes qui n’ont jamais travaillé, ou plus depuis longtemps, parce qu’elles ont des parcours complexes et rencontrent des freins multiples à la réinsertion professionnelle. Le cœur de notre mission, c’est donc aussi de créer un lien de proximité avec ces personnes, leur redonner confiance, repérer et valoriser leurs compétences pour changer la représentation qu’ils ont d’eux-mêmes ou du monde de l’emploi. C’est un travail de fond

Lina : « Avant d’avoir mes enfants, je m’en sortais très bien et je ne voyais pas l’utilité d’avoir une voiture. Mais l’arrivée de mes garçons a tout changé. Aujourd’hui, j’ai un projet de formation à l’IFAP pour devenir auxiliaire puéricultrice. Il y a des stages à faire et j’ai besoin du permis. On en a parlé avec ma référente qui a suivi mon projet. Dans la première auto-école où j’ai pris des cours, on me disait que j’étais nulle, que je n’y arriverais jamais. Ma référente m’a dirigée vers une auto-école d’insertion où les moniteurs sont bienveillants. Aujourd’hui, j’ai le code. Il ne me manque plus que la conduite. »

Un accompagnement personnalisé

En quoi consiste l’accompagnement que vous menez auprès des allocataires et comment s’organise-t-il ?

Fatiha : Depuis la réforme législative de 2009 qui a vu le RSA remplacer le RMI, l’accompagnement se fonde sur la notion de « droits et devoirs » du bénéficiaire du RSA. Le droit, c’est bien sûr le versement du Revenu de Solidarité Active qui traduit le droit fondamental de tous les citoyens à disposer de ressources suffisantes pour vivre. Ses devoirs sont l’obligation imposée par la loi d’engager des démarches de réinsertion sociale et/ou professionnelle. C’est dans ce cadre que nous recevons chaque allocataire à l’occasion d’un premier rendez-vous diagnostic à l’issue duquel il sera amené à signer un Contrat d’Engagement Réciproque (un CER). Nous faisons connaissance avec les personnes que nous accompagnons, nous repérons les difficultés auxquelles elles sont confrontées mais nous essayons aussi de mettre à jour les ressources dont elles disposent. On fait un premier travail de sensibilisation et d’information sur les institutions avec lesquelles on travaille et auprès desquelles ils seront amenés à faire des démarches. Et finalement, on établit un premier projet d’insertion qui sera amené à évoluer en fonction du parcours de l’allocataire.

Morgane : Globalement, on dispose de trois modalités d’action. D’une part, l’accompagnement individualisé : c’est notre accompagnement en face à face avec la personne où l’on suit son parcours et on l’oriente. C’est un moment stratégique pour cheminer ensemble vers plus d’autonomie et de prise d’initiative : l’idée c’est vraiment que les allocataires soient de plus en plus autonomes dans leurs démarches administratives, leur recherche d’emploi mais aussi et surtout qu’ils soient impliqués dans leurs démarches d’insertion et engagés dans leurs propres parcours. C’est à ça que sert le Contrat d’Engagement Réciproque mais c’est un travail qui se construit au fil du temps.

Fatiha : Ensuite, on s’appuie le plus souvent possible sur notre partenariat avec des opérateurs d’insertion de proximité tel que Pass’ Entreprises de la MIAE de Tourcoing qui travaille sur l’Insertion Professionnelle. Le Centre Social propose aussi une multitude d’actions collectives vers lesquelles nous orientons les allocataires lorsque la situation s’y prête. Il faut bien comprendre que ces ateliers sont des leviers de progression énormes. D’abord, ce sont des moments où l’on travaille sur beaucoup de savoir-faire mais aussi de savoir-être : évoluer en groupe, pratiquer la langue française couramment, respecter des consignes de sécurité, savoir être à l’heure … autant de compétences qui rapprochent un peu plus l’usager du collectif et du monde de l’emploi. Ensuite, ce sont aussi des moments où l’on est dans une relation moins formelle, où l’on peut plus vite repérer les ressources et les compétences des allocataires. Enfin, ce sont des moments précieux d’échanges d’expérience entre allocataires et professionnels.

Morgane : Enfin, nous orientons les allocataires vers l’ensemble des opérateurs d’insertion et autres partenaires extérieurs qui seront plus à même d’apporter des réponses à certaines problématiques. Il peut s’agir d’auto-écoles agréées, de centres de formation et parfois d’institutions telles que des CMP ou la MDPH lorsque la situation l’exige.

Zelikha : « La première fois, j’étais au Centre Social pour les cours de français. Ensuite, ma référente m’a amenée à la Manufacture pour faire la couture. Je faisais déjà de la couture en Algérie : j’avais un diplôme de couture et broderie. Quelqu’un a vu que je savais faire, il m’a demandé de faire la bénévole à l’école. J’ai beaucoup aimé transmettre la couture aux enfants avec l’institutrice. Après ça, j’ai fait le vestiaire et maintenant je suis très occupée dans la coopérative. J’aimerais faire une formation en couture ici en France : en Algérie on n’a pas appris les techniques des patrons. Et ensuite, je voudrais avoir un travail dans la couture. »

L’accompagnement des allocataires du RSA peut être assuré par différents opérateurs. Qu’est-ce qui fait la spécificité de l’accompagnement mené au Centre Social ?

Fanny : Il s’agit d’un travail qui dépasse le cadre technique et administratif : on ne se contente pas d’orienter, on pense accompagnement global. On prend en compte la personne dans sa globalité, y compris et surtout dans son environnement social, on cherche à comprendre ce qui, dans le parcours personnel, a pu se transformer en contraintes, voire en véritable frein. Ça reste évidemment toujours un accompagnement professionnel mais l’idée est de personnaliser l’approche autant que possible en développant la relation de confiance. C’est d’autant plus important avec des personnes qui présentent des freins multiples à l’emploi.

Le saviez-vous ? Le Centre Social Alma propose aussi un accompagnement aux démarches administratives.
Découvrez l’action des Ecrivains Publics auprès des habitants du quartier de l’Alma.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les allocataires qui les éloignent le plus de l’emploi ?

Fatiha : Je ne sais pas si on peut les hiérarchiser mais il est évident que l’une des premières difficultés est celle des questions de santé. Il s’agit parfois de problématiques invalidantes sur le marché de l’emploi, d’autant plus difficiles à résoudre qu’elles sont parfois installées depuis longtemps dans le parcours des hommes et femmes que nous rencontrons. Je dirais que les situations parentales et/ou familiales peuvent constituer un autre frein : il est difficile pour des mères en charge d’un enfant handicapé d’envisager laisser son enfant pour aller travailler. Derrière cela se pose le problème des représentations : il y a une représentation de l’importance d’une mère au foyer. Il faut d’abord travailler sur ces images pour faire envisager de nouvelles possibilités.

Morgane : La question de la mobilité est aussi un frein important. Heureusement, il peut être facile d’agir dessus et nous y travaillons : amener les habitants du quartier à se déplacer, leur apprendre à se servir des transports en commun, sortir de leur zone de confort, bénéficier de certains tarifs préférentiels, se tourner vers des auto-écoles d’insertion.

Fatiha : La question du logement et celle du budget sont des questions cruciales : lorsqu’on a affaire à une personne qui a des dettes ou qui vit dans un logement insalubre, trop lourd financièrement pour lui, il est absolument nécessaire d’apporter des réponses. Avant d’envisager recommencer une formation ou rechercher un emploi, on pense d’abord à « comment je vais payer mes factures, mon alimentation à la fin du mois ». On ne trouve pas d’emploi non plus si on n’a pas les moyens d’être présentable.

Fanny :Le dernier frein important, c’est sans doute celui des représentations. Si la personne manque de confiance en elle, elle ne se mettra pas dans une posture d’employabilité. Quelqu’un qui a été malmené pendant sa scolarité aura peur de reprendre une formation. Pour certaines personnes, retrouver un travail c’est vraiment un challenge qui semble difficile à relever. Il faut donc absolument travailler sur la plus-value de retrouver un travail.

Lina : « J’ai arrêté mon parcours scolaire très tôt. Je faisais un BAC PRO stylisme mais je n’aimais pas du tout. A cette époque-là je me cherchais et je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie. Je pensais qu’une fois sorti du système, on ne pouvait plus y rentrer. J’étais mal renseignée et mal conseillée. Du coup, je n’ai pas repris de formation tout de suite. Et ensuite j’ai eu mes enfants. Aujourd’hui, grâce au travail avec ma référente, reprendre une formation, ça ne me fait pas peur du tout : ça m’enthousiasme. Ce sera de nouvelles rencontres, de nouveaux visages. J’ai hâte de découvrir tous les lieux de stage et d’apprendre de nouvelles leçons de vie. »

De quelles ressources les personnes accompagnées disposent-elles pour retrouver un emploi ?

Fatiha : D’abord, il est important de rappeler que le lieu commun « allocataire = assisté » est vraiment loin de la réalité. La majorité des personnes qui se présentent au Centre Social aimeraient (re)trouver un emploi mais elles en sont empêchées : par des parcours personnels, des peurs, des difficultés quotidiennes. Quand on ne parle pas français et qu’on le comprend encore difficilement, par exemple, c’est vraiment rédhibitoire sur le marché de l’emploi et ça prend du temps de progresser sur ce point. Quand on a quitté le système scolaire très tôt et qu’on n’a obtenu aucun diplôme, pareil, c’est extrêmement limitant. Pourtant les personnes que nous accompagnons disposent de nombreuses ressources et même de savoir-faire précieux : une mère de famille nombreuse, par exemple, a souvent des compétences organisationnelles extraordinaires. Il nous faut alors trouver le moyen de les valoriser sur le marché de l’emploi et parfois amener les personnes elles-mêmes à en prendre conscience.

Fanny : Au niveau du quartier, je suis aussi frappée par l’entre-aide entre les personnes et le soutien qu’elles s’apportent mutuellement. On peut s’appuyer sur ces liens pour résoudre certaines problématiques, notamment celles liées à la mobilité.

A quel moment pouvez-vous considérer qu’un accompagnement est réussi ?

Morgane : D’un point de vue très pragmatique, on pourrait dire qu’une sortie positive est une sortie vers l’emploi évidemment. Mais

une réussite, en termes d’accompagnement, c’est avant tout une évolution. On ne va pas tous arriver au même endroit parce qu’on ne part tout simplement pas tous du même endroit mais si on avance, si on bouge ses lignes, c’est déjà bien.

Fanny : Sur ce chemin du retour vers l’emploi, il peut y avoir beaucoup d’autres réussites : prendre conscience d’une difficulté médicale et aller faire un bilan de santé, avoir résolu ses problèmes de logement, s’investir dans son logement et se l’approprier, prendre conscience d’une addiction et la soigner, apprendre à laisser son enfant à la cantine ou la garderie. Tout cela, c’est un ensemble de petites victoires qui, mises bout à bout, permettent de redonner confiance à la personne.

Fatiha : Ma plus grande satisfaction c’est de voir évoluer une personne vers plus d’autonomie et d’investissement : quand on la voit se prendre en charge, initier des démarches de manière autonome, s’investir dans des activités collectives, c’est déjà un pas vers l’insertion sociale et professionnelle. Quand une personne a suffisamment changé ses représentations pour se mettre en mouvement, alors elle peut avancer. Les personnes les plus proches de l’emploi sont celles qui ont gagné en mobilité ainsi qu’en compétences organisationnelles et qui sont en capacité de résoudre individuellement des problématiques complexes. A ce moment-là, on passe la main au Conseiller en Insertion Professionnelle. Mais, ça, je crois qu’on en reparle très bientôt !

Zelikha : « Ma référente m’a poussée tout le temps, « tu sais le faire, tu es capable de le faire ». Elle m’a permis d’avoir confiance en moi et elle m’a beaucoup conseillée. Pour les masques pendant la crise : je me sentais fière, en 1 mois on a fait 2200 masques pour les personnes du quartier avec la coopérative. Faire ces activités, ça m’a permis à mieux connaître le quartier, à me déplacer en métro, faire des formations pour la cuisine, l’hygiène. Je voudrais encore faire des progrès dans la maîtrise de la langue, ça me donnera plus confiance : j’ai envie de progresser en français pour échanger même avec gens que je ne connais pas. »

RDV dans quelques jours pour en savoir plus sur l’Insertion Professionnelle au sein du Centre Social Alma

Ecrivains publics : un accompagnement de proximité pour lutter contre l’exclusion

Accompagner les habitants du quartier dans leurs démarches administratives, développer leur autonomie et mener un travail de prévention et de sensibilisation : c’est la mission des écrivains publics du Centre Social Alma

L’enquête statistique conduite par le Défenseur des Droits en 2016 intitulée « Enquête sur l’Accès aux droits. Relations des usagères et usagers avec les services publics : le risque du non-recours » a permis d’établir un nouveau portrait des inégalités vécues en France quant à la question de l’accès aux droits. A ce sujet, les chiffres sont probants : 1 personne sur 5 déclare éprouver des difficultés à accomplir des démarches administratives. Parmi elles, les plus précaires sont aussi les plus touchées. Dans ce contexte, la dématérialisation des services publics a renforcé les inégalités. Pour éviter les situations de non recours et contribuer à rendre accessibles les dispositifs de solidarité nationale, deux écrivains publics interviennent au Centre Social Alma et accompagnent chaque jour les habitants du quartier dans leurs démarches administratives. Lumière sur un métier peu connu du grand public mais dont l’action est essentielle au respect des droits et la lutte contre l’exclusion.

écrivains publics : Accompagnement des démarches administratives

Permettre aux habitants de l’Alma de jouir pleinement de leurs droits

Apprendre à connaître ses droits, utiliser les outils numériques, remplir des formulaires administratifs … autant de démarches qui peuvent sembler anodines et quotidiennes mais qui représentent un véritable obstacle à l’accès aux droits pour des personnes qui ont des difficultés de lecture, d’écriture en langue française ou souffrent de la fracture numérique. Pour les soutenir et leur permettre de dépasser ces obstacles, les écrivains publics du Centre Social Alma accompagnent chaque jour de nombreux habitants du quartier dans l’ensemble de ces démarches.

Ecrivain public : une implantation de longue date à l’Alma

Dans le quartier de l’Alma, la présence des écrivains publics est une histoire de longue date qui nous est racontée par l’une des deux écrivains publics :

« J’ai commencé à être écrivain public dans les années 86 – 87, quand l’activité a débuté. A ce moment-là, j’habitais déjà l’Alma. Au départ, on s’est rendu compte que les habitants avaient des problèmes à régler des factures d’électricité. C’est comme ça qu’ont été créées les assistances administratives, en lien avec le Centre Social et à l’initiative d’une habitante de quartier qui était très investie. Au bout de quelques années, on a bien vu que le besoin était réel et on a voulu étendre l’initiative. C’est comme ça qu’a été mise en place la formation d’écrivain public à Roubaix, pour pouvoir formaliser et étendre cette action.» Le cœur de mission des écrivains publics demeure inchangé depuis : accompagner les habitants de l’Alma qui présentent des difficultés de lecture et d’écriture en langue française, apporter un soutien tout particulier en ce qui concerne les démarches administratives. Derrière cette action, une valeur défendue par les écrivains publics et partagée par l’ensemble des professionnels du Travail Social : permettre à chacun, quels que soient son parcours et sa situation de vie, de jouir pleinement de ses droits de citoyens.

Des démarches administratives indispensables de la vie quotidienne

La seconde intervenante – écrivain public – identifie les démarches administratives les plus courantes pour lesquelles elle accompagne les habitants : « On accueille les habitants du quartier et on les accompagne sur des démarches très diverses. Celles qui sont les plus récurrentes, ce sont souvent le renouvellement des titres de séjour ou des dossiers de CMU, l’actualisation des droits auprès de la CAF, les dossiers à constituer pour les demandes de logement, les déclarations d’impôts … » Il s’agit donc principalement de démarches administratives courantes mais qui correspondent toujours à des droits fondamentaux et grâce auxquelles les usagers peuvent prétendre à une vie digne. C’est sans doute ce pourquoi les écrivains publics jouissent d’une bonne image auprès des usagers : « Ecrivain public, c’est un métier qui est reconnu par les habitants. Evidemment, on les accompagne pour trouver des solutions pratiques. C’est assez valorisant. Même les jeunes ont beaucoup de respect pour nous.»

Une expertise nourrie par une veille permanente

Si l’écrivain public n’est pas identifié comme un travailleur social à proprement parler, il dispose toutefois d’une véritable expertise dans le domaine administratif acquise par l’expérience et nourrie par leur travail de veille permanente. La coordinatrice du pôle Adultes et Familles du Centre Social Alma nous explique : « Les deux écrivains publics qui interviennent au Centre Social connaissent vraiment les dispositifs de l’administration publique. Elles ont acquis une telle connaissance dans le domaine qu’on peut les qualifier d’expertes. C’est ce qui leur permet de rendre accessible cette culture de la démarche administrative, démystifier le flou et les craintes que cela peut susciter mais aussi aller toujours plus loin dans la recherche des réponses. Grâce à leur pratique et leurs années d’expérience, elles ont aussi développé un réseau partenarial assez étendu qui leur permet d’avoir des personnes référentes dans toutes les administrations vers qui se tourner et sur lesquelles s’appuyer quand les personnes rencontrent des difficultés. » Avec les changements de lois, l’évolution des dispositifs de droit commun et les réformes des démarches à effectuer, un travail de veille et d’actualisation de leurs connaissances est absolument indispensable pour délivrer un accompagnement de qualité : « Il ne faut jamais rester sur ses acquis. Alors on regarde les actualités, on s’échange des informations, on fait des recherches sur internet : c’est vraiment nécessaire pour être au fait de ce à quoi les usagers sont confrontés et de ce qu’ils doivent faire comme démarche pour bénéficier de leurs droits. Par ailleurs, avec le temps, on a fini par être identifiés auprès des partenaires institutionnels. Ça, c’est vraiment important parce que ça nous permet d’obtenir des réponses beaucoup plus rapidement. » A terme, cette connaissance fine des différents dispositifs de droit commun est aussi ce qui leur permet de passer le relais et orienter les habitants vers d’autres interlocuteurs plus à même de répondre à leurs problématiques.

écrivains public : un accompagnement vers l'autonomie

Un accompagnement vers l’autonomie

Accompagner les habitants du quartier dans l’élaboration et le suivi de leurs démarches administratives est une façon de répondre aux besoins. Toutefois, les écrivains publics n’ont pas pour vocation de « faire à la place de » mais bien de s’appuyer sur les compétences des usagers et développer leur autonomie pour leur permettre de redevenir acteur de leur parcours et rentrer en pleine possession de leurs ressources.

« Faire avec » et non pas « faire à la place de »

Un des défis auxquels les écrivains publics sont confrontés est celui de la méthodologie d’accompagnement. Il est parfois facile et même tentant de « faire » l’ensemble de ces démarches « à la place de » l’usager, ce qui représente très souvent un gain de temps considérable. Toutefois, l’objectif premier de l’action des écrivains publics comme de celui des professionnels avec lesquels elles évoluent est de développer l’insertion des personnes accompagnées dans le tissu social et par conséquent leur autonomie. (Re)donner à ces personnes les ressources pour gérer leur vie seules, développer leur pouvoir d’agir : une philosophie qui sous-tend l’action du travail social et que l’on retrouve dans le quotidien et les pratiques des écrivains publics. Selon la coordinatrice du pôle Adultes et Familles : « Les écrivains publics sont là pour accompagner et apporter des réponses aux besoins mais dans l’idéal, les usagers doivent pouvoir trouver leurs propres réponses. Elles doivent donc se servir de la relation comme d’un levier pour procéder à un travail éducatif, acquérir et diffuser du savoir et des compétences. Néanmoins, dans certains cas l’autonomie ne peut s’acquérir complètement qu’à la suite d’un travail collégial sur la « levée des freins ». Certains habitants font face à des problématiques sociales qui ne leur permettent pas d’être entièrement autonomes dans la gestion de leurs démarches administratives. Il convient dans ce cas de les accompagner dans « le faire pour ».

Montrer et apprendre à faire

Apprendre à se servir des outils numériques, mettre en place des routines administratives, apprendre à gérer un planning et anticiper des déclarations, se familiariser avec les dispositifs de droits publics : les savoirs à diffuser auprès des usagers sont très diversifiés. « On travaille beaucoup par l’exemple, la répétition. On va sur un ordi, on leur montre comment faire telle ou telle déclaration. On leur montre 1 fois, 2 fois, on les encourage pour qu’ils finissent par le faire seul. Il y a une dame que je suis ici depuis de nombreuses années. Au départ, je rédigeais les chèques à sa place. A chaque fois, je lui montrais comment faire. Aujourd’hui, elle fait ses chèques toute seule. C’est vraiment ça l’idée ! » Un travail qui paye si on en croit le témoignage d’Amel M. : « Au départ, je suis venue ici pour la garderie. On m’a parlé des écrivains et ça m’a intéressée parce que je venais d’Algérie et après ma séparation, je me suis retrouvée un peu seule : il y avait beaucoup de choses que je ne savais pas faire et que je ne connaissais pas. La personne qui a travaillé avec moi m’a appris à faire ma déclaration d’impôt, elle m’a aidée dans le suivi de mon dossier juridique pour la séparation. Elle a fait les demandes de logement avec moi. Aujourd’hui, je fais presque tout toute seule, même pour le renouvellement de mon titre de séjour. Mais je continue à venir pour faire vérifier tout ça, pour être rassurée quoi. »

Tenir compte de la réalité des usagers et adapter son accompagnement

Mais la mission des écrivains publics se heurte très souvent à la réalité des publics accompagnés, aux discriminations qui frappent les personnes les plus précaires et les éloignent de l’accès aux droits. L’une des deux intervenantes nous décrit un peu plus les profils et les obstacles rencontrés par les personnes qu’elle accompagne : « Il y a des personnes pour qui « faire seul », c’est presque impossible. La première difficulté c’est la question de la langue, que ce soit pour la lecture, la compréhension comme pour l’écriture. Quand quelqu’un parle à peine français, il ne comprend pas les courriers administratifs qu’il reçoit. Il faut les lui lire et les lui expliquer. Remplir des dossiers, écrire des courriers destinés aux administrations, pareil, ça ne peut pas se faire seul. Avec la dématérialisation des administrations et des services, le numérique c’est un vrai problème et une source de discrimination : il y a des personnes, en particulier les plus âgées, qui ne savent pas s’en servir. Il y a en a d’autres qui n’ont pas les moyens d’avoir le matériel nécessaire ou une connexion. Avant la période du Covid on a essayé de développer des ateliers collectifs sur l’écriture ou la connaissance des dispositifs. Notre prochaine ambition, c’est le numérique. Mais ça reste parfois difficile de mobiliser les personnes. Apprendre aux gens à savoir se débrouiller, c’est bien. Mais il faut aussi savoir tenir compte des réalités de chacun pour ne pas les décourager. » Selon la coordinatrice du pôle Adultes et Familles, la réponse se trouve du côté de l’adaptation et de la posture : « Viser l’autonomie complète pour chacune des personnes que l’on accompagne, ce n’est pas systématique. Ce qui compte c’est la posture, la dynamique et le mouvement : les gens entrent au Centre Social en partant d’un point A et on doit les faire cheminer vers un point B. Le point d’arrivée ne peut pas être le même pour tout le monde mais ce qui est important c’est le cheminement et l’idée qu’ils ont les ressources pour avancer et progresser. »

écrivains public : une relation de confiance et de proximité

Une relation de confiance et de proximité

Que l’accompagnement soit sporadique ou au contraire de longue durée, un seul mot d’ordre : être à l’écoute, mettre en confiance, créer du lien.

S’appuyer sur le lien et la confiance pour travailler l’insertion

Le cœur de métier de l’écrivain public repose vraiment sur l’écoute. C’est en écoutant qu’elles parviennent à créer ce lien de proximité avec les personnes accompagnées et entrer au cœur de leur intimité. L’écoute est le premier pas vers l’insertion : il permet aux usagers de se sentir « entendus » et inclus dans un collectif qui les considère, les respecte en tant qu’individus et les soutient dans leur parcours et leurs difficultés. « Dans le quartier de l’Alma, les habitants peuvent être confrontés à une certaine forme de précarité et rencontrer des problèmes d’emploi, de logements … Parfois les gens viennent seulement pour parler. Et nous, tout ce qu’on peut faire à part orienter, c’est écouter.  Mais écouter c’est bien aussi. C’est dire à l’autre qu’il est quelqu’un pour nous, que ce qu’il vit compte. Et puis écouter, entendre les histoires familiales ou de voisinage, c’est ce qui permet de prendre la température du quartier. » D’une certaine manière, l’écoute prodiguée par les écrivains publics est un premier ciment du tissu social. Elle doit toutefois se faire « à bonne distance », c’est-à-dire celle qui permet à l’écrivain public de ne pas se laisser emporter par les émotions qui peuvent le mettre à l’épreuve et parfois constituer un obstacle à l’accompagnement.

S’appuyer sur l’écoute pour trouver les réponses adaptées

Cette écoute attentive est aussi ce qui permet aux écrivains publics de procéder à une analyse plus fine des situations de vie, soulever des problématiques parfois non identifiées par les usagers eux-mêmes et y apporter des réponses appropriées, notamment en orientant vers d’autres professionnels du Centre Social Alma ou vers des partenaires extérieurs. La réponse appropriée, c’est parfois une réponse négative aux demandes des habitants, faire comprendre qu’avoir des droits ce n’est pas avoir droit à tout et que ces droits s’accompagnent de devoirs.

Se servir du lien comme d’un levier de prévention et de sensibilisation

La confiance établie entre habitants du quartier et écrivains publics est enfin ce qui permet à ces derniers de se faire entendre et de sensibiliser à un certain nombre de sujets : « Je sais tout ce qui se passe dans le quartier. Comme je connais bien les gens, je peux me permettre de dire à tel ou tel parent que j’ai vu son enfant à l’extérieur plutôt qu’à l’école. Je peux aussi en parler à mes collègues, échanger les informations pour croiser nos compétences. Si je travaille sur le paiement d’une amende, j’explique que prendre les transports en commun implique de payer les titres de transports, que c’est comme ça que ça fonctionne. » Un travail éducatif du quotidien, en somme, qui permet de progresser vers l’insertion, entretenir le lien social et parfois prévenir certains dangers. Chantal D., suivie depuis de nombreuses années au Centre Social nous explique ce que cela lui a appris : « Elle m’a vraiment appris beaucoup de choses. Une fois, par exemple, j’avais souscrit un contrat pour l’électricité : bon, elle m’a bien expliqué qu’il fallait parfois se méfier du démarchage sauvage comme ça. Elle m’a aidée à résilier ce contrat qui engageait des frais et maintenant, je suis plus méfiante, plus attentive. »

L’accompagnement à la scolarité : agir ensemble pour mieux accompagner

Grâce à l’Accompagnement à la Scolarité, les professionnels du Centre Social apportent support et ressources aux parents pour leur permettre de soutenir et aider leurs enfants dans leur parcours scolaire.

Quatre fois par semaine, les professionnels du pôle Enfance du Centre Social de l’Alma accueillent les enfants du CP au CM2 ainsi que leurs parents dans le cadre de l’Accompagnement à la Scolarité. Enfants et familles sont accompagnés pour parvenir à résoudre et dépasser les blocages rencontrés pendant la scolarité. Temps d’accueil et d’expression libre, aide méthodologique, ateliers culturels, les professionnels du Centre Social œuvrent en collaboration avec les familles, les parents, les écoles de quartier et leurs équipes pédagogiques pour lutter contre le retard scolaire et développer le goût d’apprendre. Surmonter ses difficultés, devenir autonome dans son travail et curieux d’apprendre, développer confiance en soi et expression personnelle, aider et suivre la scolarité de son enfant : tout cela est possible. On vous explique comment.

Offrir à chacun, enfants et parents, les clés de la réussite scolaire

Le parcours scolaire de chaque enfant est déterminant pour son avenir personnel autant que citoyen. Lorsque cette scolarité se trouve empêchée, compliquée ou problématique, il convient d’accompagner les parents à soutenir leurs enfants dans leur parcours et leur apporter l’aide dont ils auront besoin pour prendre le chemin de la réussite scolaire.

L’égalité des chances à l’école : plus qu’une ambition, un projet

L’Accompagnement à la Scolarité désigne « l’ensemble des actions visant à offrir l’appui et les ressources dont les enfants ont besoin pour réussir à l’école » et dont ils ne disposent pas toujours dans le cadre familial et/ou social pour différentes raisons. L’ambition, au Centre Social de l’Alma comme dans tous les lieux où l’Accompagnement à la Scolarité est mis en œuvre, est de permettre à l’enfant, quels que soient son niveau, ses compétences et ses ressources, de s’intégrer dans sa classe et son école, dépasser ses difficultés scolaires, se mettre en situation d’apprentissage et devenir l’acteur de son parcours scolaire.

Pour ce faire, l’enjeu majeur de l’Accompagnement à la Scolarité est de placer le parent et la famille au centre du dispositif afin qu’ils prennent leur place comme référent et soutien de leurs enfants.

Les objectifs de l’Accompagnement à la Scolarité

Dépassant de loin le cadre de l’aide aux devoirs, l’Accompagnement à la Scolarité est un dispositif plus vaste qui se fixe pour objectifs de :

  • Amener les parents et familles à suivre la scolarité de leurs enfants et leur apporter aide et soutien,
  • Développer l’autonomie de l’élève dans la mise au travail et les apprentissages,
  • Apporter un soutien méthodologique concernant les fondamentaux tels que la maîtrise de la langue (écrite ou orale), la mémorisation, l’organisation de son travail et la gestion de son matériel,
  • Apprendre et intégrer les codes de la scolarité et du vivre ensemble au sein de l’institution scolaire,
  • Enrichir la culture personnelle de l’enfant et développer sa curiosité ainsi que le plaisir d’apprendre,
  • Développer confiance et estime de soi chez les enfants comme leurs parents.

La scolarité c’est l’affaire de tous

« Ensemble, on va plus loin ». Telle pourrait être la devise du Centre Social de l’Alma qui place les parents au cœur de son action, inscrit l’Accompagnement à la Scolarité dans le cadre du dispositif Liaison Ecole Famille Quartier (LFEQ) et s’appuie sur l’expertise croisée de l’ensemble des acteurs de l’environnement proche de l’enfant pour fonder son action.

Premier enjeu de l’Accompagnement à la Scolarité : Impliquer les parents

En matière d’accompagnement, l’un des facteurs les plus aidants demeure l’implication des parents : plus le parent suit et soutient la scolarité de son enfant, plus efficace sera l’accompagnement.

Au Centre Social de l’Alma, la collaboration avec les parents et la famille fait partie intégrante de l’action des professionnels. Dans le cadre de l’Accompagnement à la Scolarité, les parents sont amenés à intervenir à différents niveaux.

Ils peuvent tout d’abord participer à l’accompagnement lui-même en collaboration avec les animateurs. Certains d’entre eux prennent part aux projets développés dans le cadre des ateliers culturels.

Les professionnels échangent aussi avec les parents à l’occasion de temps forts organisés avant chaque période de vacances. Objectif : faire le point sur l’action engagée auprès des enfants mais aussi sensibiliser les parents à la nécessité d’encourager et accompagner. Parfois, une parole suffit à soutenir son enfant dans son parcours.

Le café des parents qui a lieu au Pôle Enfance, 7 rue de France, réunit parents et animateurs pour des discussions libres et ouvertes sur des sujets éducatifs divers comme : le sommeil, les appareils connectés, One Pocket ENT Primaire, le harcèlement scolaire …

Un travail en partenariat avec les écoles de quartier

L’Accompagnement à la Scolarité se fonde aussi sur la collaboration entre le Centre Social de l’Alma et les 4 écoles de quartier et plus particulièrement l’école Elsa Triolet, l’école Blaise Pascal et l’école Voltaire Diderot ainsi que l’école privée Saint Augustin.

Animateurs du Centre Social et membres des équipes pédagogiques communiquent régulièrement dans le cadre de dispositifs croisés tels que la Commission Ecole – Quartier qui réunit l’ensemble des acteurs éducatifs (animateurs du Centre Social, instituteurs.rices, directeurs, psychologues …).

Ils élaborent et définissent les objectifs de l’Accompagnement à la Scolarité en s’appuyant sur leur expertise respective et leur connaissance de l’enfant et de son environnement familial et social.

Ces échanges réguliers permettent à chacun des acteurs d’adapter et de faire évoluer leur accompagnement en fonction des besoins, difficultés, problématiques mais aussi compétences et ressources repérées.

Le choix d’une pédagogie active et ludique

Au Centre Social de l’Alma, « plaisir » et « autonomie » sont mis au service de la réussite scolaire.

Réussir, oui … mais comment?

Pour atteindre au mieux cet objectif, les professionnels du Centre Social ont misé sur la connaissance des publics (enfants mais aussi environnement familial) et l’individualisation des accompagnements. Les enfants, répartis en deux groupes de 12 maximum, sont pris en charge par deux animateurs.

Si l’accueil est collectif, le suivi est quant à lui adapté à chacun des enfants avec lequel on construit une relation de confiance mutuelle. Il s’agit, pour les professionnels du Centre Social de l’Alma, d’apprendre à connaître les élèves avec lesquels ils travaillent pour identifier leurs difficultés, leurs besoins et y répondre en s’adaptant à leur environnement, leur rythme et leurs problématiques.

A raison de quatre séances d’environ 1h30 par semaine, l’accompagnement s’organise en trois temps distincts :

  • Un premier temps d’accueil pour faire une pause après la journée d’école, s’exprimer librement sur son ressenti, créer du lien avec les animateurs mais aussi avec ses camarades
  • Un second temps d’aide méthodologique. Apprendre à apprendre, s’exprimer à l’oral, mémoriser, gérer son matériel, lire son agenda, répartir son travail : autant de compétences fondamentales dont les élèves auront besoin tout au long de leur parcours scolaire, quel que soit leur niveau
  • Un troisième temps est dédié aux ateliers culturels qui visent à enrichir la culture personnelle de l’enfant et développer la confiance en soi.

Apprendre en s’amusant

Partant du principe qu’il ne peut y avoir de réussite sans envie, les professionnels du Centre Social cherchent à développer chez l’enfant le plaisir d’apprendre, lire et découvrir.

Ils misent pour cela sur une pédagogie ludique et utilisent le jeu comme support d’apprentissage. Du jeu de société « Le Ptit Bac », aux jeux de manipulation comme les Kapla, en passant par le boulier ou les dominos (pour les calculs), le scrabble (pour travailler l’orthographe) ou le kaléidoscope (mémorisation, observation), la créativité de l’équipe est mise au service des enfants et de leurs progrès.

Redevenir l’acteur de ses apprentissages

Accompagner les enfants vers plus d’épanouissement et de réussite à l’école, c’est aussi faire en sorte de les (re)mettre en position d’acteur de leur propre parcours. Dans cette perspective, l’objectif des animateurs est :

  • d’amener petit à petit les enfants vers toujours plus d’autonomie dans la gestion et la réalisation de leur travail,
  • mais aussi de les aider à s’investir dans leur scolarité, c’est-à-dire en cours et au sein du groupe (classe ou école).

Pour cela, les professionnels s’appuient sur une pédagogie active qui parie sur la culture et les projets et fait la part belle à l’expression personnelle. Sur les thèmes Sciences, Théâtre, Arts Plastiques, Environnement, Technologies du Numériques les animateurs accompagnent les enfants dans la réalisation de projets aussi amusants que passionnants.

En 2020, les enfants accompagnés par les professionnels du Centre Social de l’Alma ont ainsi pu réaliser de nombreuses expériences scientifiques sur l’air et l’eau, participer à des ateliers théâtre en partenariat avec la Compagnie TOUS AZIMUTS ou se familiariser avec l’art abstrait et exposer leurs petites œuvres dans le hall du Centre Social.

Après une période particulièrement difficile à cause du contexte sanitaire, les professionnels reprennent l’Accompagnement à la Scolarité en présentiel et reconstruisent petit à petit le lien avec parents et enfants. L’objectif : s’appuyer sur les ressources croisées des parents, des acteurs éducatifs et des enfants pour cheminer vers la réussite scolaire.